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CONVENTION NATIONALE (1795).
plus conforme à la chose, il fit décider en outre quele nom de tribunal extraordinaire serait changé encelui de tribunal révolutionnaire.
Ce décret rendu , les jurés n’osèrent pas s’enservir sur-le-champ, et déclarèrent n’ètre pas suffi-samment éclairés. Mais le lendemain, ils usèrentde leur nouveau pouvoir d’abréger les débats, eten demandèrent la clôture. Les accusés avaientdéjà perdu toute espérance, et ils étaient résolus àmourir noblement. Ils se rendirent à la dernièreséance du tribunal avec un visage serein. Tandisqu’on les fouillait à la porte de la Conciergerie,pour leur enlever les armes meurtrières avec les-quelles ils auraient pu attenter à leur vie, Valazé,donnant une paire de ciseaux à son ami Riouffe,lui dit en présence des gendarmes: « Tiens, monami, voilà une arme défendue; il ne faut pas at-tenter à nos jours ! n
Le 30 octobre, à minuit, les jurés entrent pourprononcer la sentence. Antonelle, leur président,avait le visage altéré. Camille Desmoulins , en en-tendant prononcer l’arrêt, s’écrie : u Ab ! c’est moi» qui les lue, c’est mon Brissot dévoilé * / Je m’en» vais! » dit-il, et il sort désespéré. Les accusésrentrent. En entendant prononcer le mot fatal demort, Brissot laisse tomber ses bras ; sa tête sepenche subitement sur sa poitrine ; Gensonné veutdire quelques mots sur l’application de la loi, maisil ne peut se faire entendre. Sillery, en laissantéchapper ses béquilles, s’écrie : Ce jour est leplus beau de ma vie. On avait conçu quelques es-pérances pour les deux jeunes frères Dueos etFonfrède , qui avaient paru moins compromis, etqui s’étaient attachés aux girondins, moins encorepar conformité d’opinion que par admiration pourleur caractère et leurs talents. Cependant, ils sontcondamnés comme les autres. Fonfrède embrasseDucos en lui disant : « Mon frère, c’est moi quite donne la mort. — Console-toi, répond Ducos,nous mourrons ensemble! » L’abbé Fauchet, leVisage baissé, semble prier le ciel ; Carra conserveson air de dureté; Vergniaud a dans toute sa per-sonne quelque chose de dédaigneux et de fier ; La-source prononce ce mot d’un ancien : « Je meurs1 le jour où le peuple a perdu la raison ; vous* mourrez le jour où il l’aura recouvrée. » Le faibleBoileau, le faible Gardien, ne sont pas épargnés.Boileau, en jetant son chapeau en lair, s écrie :
* Titre d'une brochure qu’il avait écrite contre les giron-dins.
a Je suis innocent, s « Nous sommes innocents,s répètent tous les accusés ; peuple, on vouss trompe ! » Quelques-uns d’entre eux ont le tortde jeter quelques assignats, comme pour engagerla multitude à voler à leur secours, mais elle resteimmobile. Les gendarmes les entourent alors pourles conduire dans leur cachot. Tout à coup l’un 1des condamnés tombe à leurs pieds ; ils le relèventnoyé dans son sang. C’était Valazé , qui, en don-nant ses ciseaux à Riouffe, avait gardé un poi-gnard, et s’en était frappé. Le tribunal décidesur-le-champ que son cadavre sera transporté surune charrette, à la suite des condamnés. En sortantdu tribunal, ils entonnent tous ensemble, par unmouvement spontané , l’hymne des Marseillais :
Contre nous de la tyrannie,
L’étendard sanglant est levé.
Leur dernière nuit fut sublime. Vergniaud avaitdu poison, il le jeta pour mourir avec ses amis. Ilsfirent en commun un dernier repas, où ils furenttour à tour gais, sérieux, éloquents. Brissot, Gen-sonné , étaient graves et réfléchis; Vergniaud parlade la liberté expirante avec les plus nobles regrets,et de la destinée humaine avec une éloquence en-traînante. Ducos répéta des vers qu’il avait faits enprison, et tous ensemble chantèrent des hymnes àla France et à la liberté.
Le lendemain, 34 octobre, une foule immenses’était portée sur leur passage. Ils répétaient, enmarchant à l’échafaud, cet hymne des Marseillaisque nos soldats chantaient en marchant à l’ennemi.Arrivés à la place de la Révolution, et descendusde leurs charrettes, ils s’embrassèrent en criant:Vive la république! Sillery monta le premier surl’échafaud, et après avoir salué gravement le peu-ple, dans lequel il respectait encore l’humanitéfaible et trompée, il reçut le coup fatal.Tous imi-tèrent Sillery, et moururent avec la même dignité.
En trente et une minutes, le bourreau fit tomberces illustres têtes, et détruisit ainsi, en quelquesinstants, jeunesse, beauté, vertus, talents. Tellefut la fin de ces nobles et courageux citoyens, vic-times de leur généreuse utopie. Ne comprenant nil’humanité, ni ses vices, ni les moyens de la con-duire dans une révolution, ils s’indignèrent de cequ’elle ne voulait pas être meilleure, et se firentdévorer par elle, en s’obstinant à la contrarier.Respect à leur mémoire! jamais tant de vertus, detalents, ne brillèrent dans les guerres civiles; et,