5 ü NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
Saint-Marceau ; Antoine de Metz, l’ex-constituant ; Lagrey;et Garin, électeur de 1789.
» La première séance de ce directoire se tint dans unpetit cabaret, au Soleil d’or, rue Saint-Antoine, près laBastille, dans la nuit du jeudi au vendredi 26 juillet, aprèsla fêle civique donnée aux fédérés, sur l’emplacement dela Bastille. Le patriote Gorsas parut dans le cabaret d’oiinous sortîmes à deux heures du malin pour nous porterprès de la colonne de la liberté, sur l’emplacement de laBastille, et y mourir s’il fallait pour la patrie. Ce fut dansce cabaret du Soleil d’or, que Fournier l’Américain nousapporta le drapeau rouge, dont j’avais proposé l’invention,et sur lequel j’avais fait écrire ces mots : Loi martiale dupeuple souverain, contre la rébellion du pouvoir exé-cutif. Ce fut aussi dans ce même cabaret que j’apportaicinq exemplaires d’une affiche où étaient ces mots : Ceuxqui tireront sur les colonnes du peuple seront mis àmort sur-le-champ. Cette affiche, imprimée chez le libraireBuisson, avait été apportée chez Sanlerre, où j’allai iachercher à minuit. Notre projet manqua cette fois par laprudence du maire, qui sentit vraisemblablement que nousn’éliotis pas assez en mesure dans ce moment; et la se-conde séance active du directoire fut renvoyée au 4 aoûtsuivant.
» Les mêmes personnes à peu près se trouvèrent danscette séance, et en outre Camille Desmoulins : elle se tintau Cadran-Bleu sur le boulevard; et sur les huit heures dusoir, elle se transporta dans la chambre d’Antoine, l’ex-ronstiluanl, rue Saint-Honoré, vis-à-vis l’Assomption ,juste dans la maison où demeure Robespierre . L'hôtesse deRobespierre fut tellement effrayée de ce conciliabule,qu’elle vint, sur les onze heures du soir, demander à An-toine s’il voulait faire égorger Robespierre : Si quelqu’undo't être égorgé) dit Antoine, ce sera nous sansdoute ; il ne s’agit pas de Robespierre , il n’a qu’à secacher.
» Ce fut dans celle seconde séance active que j’écrivis dema main tout le plan de l’insurrection, la marche des co-lonnes et l’attaque du château. Simon fit une copie de ceplan, et nous l’envoyâmes à Sanlerre et à Alexandre, versminuit; mais une seconde fois notre projet manqua, parcequ’Alexandrc et Sanlerre n’étaient pas encore assez en me-sure, et plusieurs voulaient attendre la discussion reuvoyéeau 10 août, sur la suspension du roi.
» Enfin la troisième séance active de ce directoire se tintdans la nuit du 9 au 10 août dernier, au moment où letocsin sonna, et dans trois endroits différents en mêmetemps, savoir : Fournier l’Américain avec quelques autres,au faubourg Saint-Marceau ; Weslermann, Santerreeldeuxautres, au faubourg Saint-Antoine; Garin, journaliste deStrasbourg , et moi, dans ma caserne des Marseillais, etdans la chambre même du commandant, où nous avonsété vus par tout le bataillon...
» Dans ce précis, qui est de la plus exacte vérité, et queje défie qui que ce soit de révoquer en doute dans sesmoindres détails, on voit qu’il ne s’agit nrde Marat , ni deRobespierre , ni de tant d’autres qui veulent passer pouracteurs dans cette affaire; et que ceux-là qui peuvent s'at-tribuer directement la gloire de la fameuse journée du 10 ,sont ceux que je viens de nommer, et qui ont formé ledirectoire secret des fédérés. »
NOTE 4SI, PAGE 149.
Copie de la lettre écrite au citoyen Boze, parGuadet) Fergniaud et Gensonné .
«Vous nous demandez, monsieur, quelle est notre opi-nion sur la siluation actuelle de la France , et le choix desmesures qui pourraient garantir la chose publique desdangers pressants dont elle est menacée; c’est là le sujetdes inquiétudes des bons citoyens, et l’objet de leurs plusprofondes méditations.
» Lorsque vous nous interrogez sur d’aussi grandsintérêts, nous ne balancerons pas à nous expliquer avecfranchise.
» On ne doit pas le dissimuler, la conduite du pouvoirexéculif est la cause immédiate de tous les maux qui affli-gent la France et des dangers qui environnent le trône. Ontrompe le roi, si on cherche à lui persuader que des opi-nions exagérées, l’effervescence des clubs, les manœuvresde quelques agitateurs et des factions puissantes ont faitnaître et entretiennent ces mouvements désordonnés dontchaque jour peut accroître la violence , et dont peut-êtreon ne pourra plus calculer les suites; c’est placer la causedu mal dans ses symptômes.
» Si le peuple était tranquille sur le succès d’une révolu-tion si chèrement achetée, si la liberté publique n’étaitplus en danger, si la conduite du roi n’excitait aucune mé-fiance, le niveau îles opinions s’établirait de lui-même ; lagrande masse des citoyens ne songerait qu’à jouir des bien-faits que la constitution lui assure ; et si, dans cet état dechoses , il existait encore des factions, elles cesseraientd’étre dangereuses, elles n’auraient plus ni prétexte niobjet.
» Mais tout autant que la liberté publique sera en péril,tout autant que les alarmes des citoyens seront entretenuespar ia conduiie du pouvoir exéculif, et que les conspira-tions qui se trament dans l’intérieur et à l’extérieur duroyaume parait! ont plus ou moins ouvertement favoriséesparle roi, cet état de choses appelle nécessairement lestroubles, le désordre et les factions. Dans les États les mieuxconstitués, et constitués depuis des siècles, les révolutionsn’ont pas d’autre principe, et l’effet en doit être pour nousd’autant plus prompt qu’il n’y a point eu d’intervalle entreles mouvements qui ont entraîné la première et ceux quisemblent aujourd’hui nous annoncer une seconde révolu-tion.
» II n’est donc que trop évident que l’état actuel deschoses doit amener une crise dont presque toutes leschances seront contre la royauté. En effet, on sépare lesintérêts du roi de ceux de la nation ; on fait du premierfonctionnaire public d’une nation libre un chef de parti,et par cetle affreuse politique, on fait rejaillir sur lutl’odieux de tous les maux dont la France est affligée.
» Eh ! quel peut être le succès des puissances étrangères,quand bien même on parviendrait, par leur intervention,à augmenter l'autorité du roi et à donner au gouvernementune forme nouvelle? N’est-il pas évident que les hommesqui ont eu l’idée de ce congrès ont sacrifié à leurs préjuges,à leur intérêt personnel, l’intérêt même du monarque; quele succès de ces manœuvres donnerait un caractère d’u-surpation à des pouvoirs que la nation seule délègue, e l