Band 
Tome I.
Seite
527
JPEG-Download
 

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.

527

membres de la société : mais il a répondu à tous les soldatsde l’armée. Cette réponse donne à tous un témoignage écla-tant de votre satisfaction : üumouriez la partagera avectous ses frères d’armes, car il sait que sans eux sa globene serait rien. Il faut nous accoutumer à ce langage, üu-mouriez a fait son devoir; c’est là sa plus belle récom-pense.... Ce n’est pas parce qu’il est général que je le loue,mais parce qu’il est soldat français .

» N’est-il pas vrai, général, qu’il est beau de commanderune armée républicaine? que lu as trouvé une grande dif-férence entre celte armée et celles du despotisme ? Us n’ontpas seulement de la bravoure, les Français; ils ne sécon-tentent pas de mépriser la mort ; car, qui est-ce qui craintla mort? Mais ces habitants de Lille et de Thionville , quiattendent de sang-froid les boulets rouges, qui restent im-mobiles au milieu des éclats des bombes et de la destructionde leurs maisons, n’est-ce pas là le développement de louiesles vertus? Ah ! oui, ces vertus sont au-dessus de tous lestriomphes— Une nouvelle manière de faire la guerre au-jourd’hui est inventée, et nos ennemis ne la trouveront pas :les tyrans ne pourront rien tant qu’.I y aura des hommeslibres qui voudront se défendre.

» Un grand nombre de confrères sont morts pour la dé-fense de la liberté • ils sont morts, mais leur mémoire nousest chère, mais ils ont laissé des exemples qui vivent dansnos cœurs; mais vivent-ils ceux qui nous ont attaqués?Non : ils ont succombé, et leurs cohortes ne sont plus quedes monceaux de cadavres qui pourrissent oit ils ont com-battu; elles ne sont plus qu’un fumier infect que le soleilde la liberté ne purifiera qu’avec peine... Celte nuée desquelettes ambulants ressemble bien au squelette de latyrannie; et, comme lui, ils ne tarderont pas à succom-ber.... Que sont devenus ces anciens généraux à granderenommée? Leur ombre s’évanouit devant le génie tout-puissant de la liberté ; ils fuient et n’ont plus que des ca-chots pour retraite; car les cachots ne seront plus bientôtque les palais des despotes : ils fuient, parce que les peu-ples se lèvent.

» Ce n’est pas un roi qui t’a nommé, Dumouriez , ce sonttes concitoyens : souviens-toi qu’un général de la républi-que ne doit jamais transiger avec les tyrans; souviens-toique les généraux comme loi ne doivent jamais servir quela liberté. Tu as entendu parler de Thémislocle; il venaitde sauver les Grecs par la bataille de Salamine ; il fut ca-lomnié (tu as des ennemis, Dumouriez , tu seras calomnié;c’est pourquoi je le parle) ; Thémblocle fut calomnié ; il futpuni injustement par ses concitoyens; il irouva un a ilechez les tyrans, mais il fut toujours Thémistocle . On luiproposa de porler les armes contre sa patrie : Mon épéene servira jamais les tyrans, dit-il, et il se l’enfonçadans le cœur. Je le rappellerai aussi Scipion. Antiochnstenta de séduire ce grand homme en offrant de lui rendreun otage précieux , son propre fils. Scipion répondit :« Tu n’as pas assez de richesses pour acheter ma con-» science, et la nature n’a rien au-dessus de 1 amour de lai) patrie. »

» Des peuples gémissent esclaves; bientôt tu les délivre-ras. Quelle glorieuse mission ! Le succès n’est pas douteux :les citoyens qui t’attendent l’espèrent ; et ceux qui sont icite poussent... 11 fauicependanl te reprocher quelques excèsde générosité envers les ennemis; lu as reconduit le roi dePrusse un peu trop à la manière française, à l’anciennemanière française s’entend ( applaudi ). Mais, nous I espé-rons, l’Autriche payera double; elle est en fonds; ne la

ménage pas; tu ne peux trop lui faire payer les outragesque sa race a faiis au genre humain.

» Tu vas à Bruxelles, Dumouriez (applaudi)) tu vaspasser à Courtrai. Là le nom français a été profané : un gé-néral aabusé l’espoir des peuples; le traître Jarry a incendiéles maisons. Je n’ai jusqu’ici parlé qu’à ton courage, jeparle à ton cœur. Souviens-toi de ces malheureux habitantsde Courtrai ; ne trompe pas leur espoir cette fois-ci; pro-mets-leur la justice de la nation; la nation ne te démen-tira pas.

» Quand tu seras à Bruxelles, ... je n’ai rien à te dire surla conduite que tu as à tenir;... si tu y trouves une femmeexécrable qui, sous les murs de Lille , est venue repailie saférocité du spectacle des boulets rouges... Mais celte femmene t’attend pas.... Si lu la trouvais, elle serait ta prison-nière : nous en avons d’autres aussi qui sont de sa famille ;...tu l’enverrais ici;.... fais-la raser au moins de manièrequ’elle ne puisse jamais porter perruque.

» A Bruxelles , la liberté va renaître sous tes auspices. Unpeuple entier va se livrer à l’allégresse; tu rendras les en-fants à leurs pères, les épouses à leurs époux; le spectaclede leur bonheur te délassera de tes travaux. Enfants, ci-toyens, filles, femmes, tous se presseront autour de toi;tous t’embrasseront comme leur père.... De quelle félicité

tu vas jouir, Dumouriez !.... Ma femme. elle est de

Bruxelles ; elle t’embrassera aussi. »

Ce discours a été souvent interrompu par de vifs applau-dissements.

NOTE 80, PAGE 218.

Récit de la visite que Marat fil à Dumouriez chezmademoiselle Candeille, extrait du Journal de laRépublique française , et écrit par Marat lui-mêmedans son numéro du mercredi d? octobre 1792.

Déclaration de l’Ami du Peuple .

Moins étonné qu’indigné de voir d’anciens valets de lacour, placés par suite des événements à la tête de nos ar-mées, et depuis le 10 août maintenus en place par l’in-fluence, l’intrigue et la sottise, pousser l’audace jusqu’àdégrader et traiter en criminels deux bataillons patriotes,sous le prétexte ridicule, et très-probablement faux, quequelques individus avaient massacré quatre déserteurs prus-siens, je me présentai à la tribune des Jacobins pour dé-voiler cette trame odieuse, et demander deux commissairesdistingués par leur civisme pour m’accompagner chezDumouriez , et être témoins de ses réponses à mes inter-pellations. Je me rendis chez lui avec les citoyens Bentaboleet Monteau, deux de mes collègues à la convention. Onnous répondit qu’il était au spectacle et qu’il soupait enville.

» Nous le savions de retour des Variétés ; nous allâmesle chercher au club du D. Cypher, où l’on dit qu’il devaitse rendre : peine perdue. Enfin nous apprîmes qu’il devaitsouper rue Chanlereine, dans la petite maison de Talma.Une file de voitures et de brillantes illuminations nous in-diquèrent le temple où le fils de Thatie fêlait un enfant de