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Tome I.
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NOTES ET PIÈGES JUSTIFICATIVES.

sacres duraient encore. Danton en fut instruit; il vint à lamairie : il était avec Robespierre ; il s'emporta avec cha-leur contre cet acte arbitraire et de démence; il auraitperdu non pas Roland, mais ceux qui l’avaient décerné :Danton en provoqua la révocation ; il fut enseveli dansl’oubli.

» J’eus une explication avec Robespierre ; elle fut très-vive ; je lui ai toujours fait en face des reproches que l’a-mitié a tempérés en son absence ; je lui dis : Robespierre ,vous faites bien du mal ! Vos dénonciations, vos alarmes,vos haines, vos soupçons, agitent le peuple. Mais enfin,expliquez-vous; avez-vous des faits , avez-vous des preu-ves ? Je combats avec vous ; je n’aime que la vérité ; je neveux que la liberté.

» —Vous vous laissez entourer, vous vous laissez pré-venir, me répondit-il, on vous indispose contre moi ; vousvoyez tous les jours mes ennemis; vous voyez Brissot etson parti.

» — Vous vous trompez, Robespierre ; personne plus quemoi n’est en garde contre les préventions, et ne juge avecplus de sang-froid les hommes et les choses.

» Vous avez raison, je vois Brissot ; néanmoins rare-ment ; mais vous ne le connaissez pas, et moi je le con-nais dès son enfance ; je l’ai vu dans ces moments où l’âmese montre tout entière, où l’on s’abandonne sans réserveà l’amitié , à la confiance : je connais son désintéresse-ment, je connais ses principes, je vous proteste qu’ils sontpurs. Ceux qui en font un chef de parti n’ont pas la pluslégère idée de son caractère ; il a des lumières et des con-naissances, mais il n’a ni la réserve, ni la dissimulation ,ni ces formes entraînantes, ni cet esprit de suite, qui con-stituent un chef de parti, et ce qui vous surprendra, c’estque, loin de mener les autres,il est très-facile à abuser.

» Robespierre insista, mais en se renfermant dans desgénéralités. De grâce , lui dis-je, expliquons-nous : dites-moi franchement ce que vous avez sur le cœur, ce quevous savez.

» — Eh bien, me répondit-il, je crois que Brissot est àBrunswick !

» — Quelle erreur est la vôtre ! m’écriai-je; c’est vérita-blement une folie; voilà comme votre imagination vouségare : Brunswick ne serait-il pas le premier à lui couperla tête? Brissot n’est pas assez fou pour en douter. Qui denous sérieusement peut capituler? qui de nous ne risque savie? Bannissons d’injustes défiances.

» Je reviens aux événéments, dont je vous ai tracé unefaible esquisse. Ces événements, et quelques-uns de ceuxqui ont précédé la célèbre journée du 10 août, le rappro-chement des faits et d’une foule de circonstances, ontporté à croire que les intrigants avaient voulu s’emparerdu peuple, pour, avec le peuple, s’emparer de l’autorité ;on a désigné hautement Robespierre : on a examiné sesliaisons; on a analysé sa conduite ; on a recueilli les pa-roles qui, dit-on, ont échappé à un de ses amis, et on aconclu que Robespierre avait eu l’ambition insensée dedevenir le dictateur de son pays.

» Le caractère de Robespierre explique ce qu’il a fait.Robespierre est extrêmement ombrageux et défiant ; ilaperçoit partout des complots, des trahisons, des préci-pices; son tempérament bilieux , son imagination atrabi-laire, lui présentent tous les objets sous de sombres cou-leurs ; impérieux dans son avis, n’écoutant que lui, nesupportant pas la contrariété, ne pardonnant jamais à ce-lui qui a pu blesser son amour-propre, et ne reconnaissant

jamais scs torts ; dénonçant avec légèreté, s’irritant duplus léger soupçon; croyant toujours qu’on s’occupe delui, et pour le persécuter ; vantant ses services, et parlantde lui avec peu de réserve, ne connaissant point les con-venances, et nuisant par cela même aux causes qu’il dé-fend ; voulant par-dessus tout les faveurs du peuple, luifaisant sans cesse la cour, et cherchant avec affectation sesapplaudissements : c’est là, c’est surtout celte dernièrefaiblesse qui, perçant dans les actes de sa vie publique, apu faire croire que Robespierre aspirait à de hautes desti-nées, et qu’il voulait usurper le pouvoir dictatorial.

» Quant à moi, je ne puis me persuader que cette chi-mère ait sérieusement occupé ses pensées, qu’elle ait étél’objet de ses désirs et le but de son ambition.

» 11 est un homme cependant qui s’est enivré de cetteidée fantastique, qui n’a cessé d’appeler la dictature sur laFrance comme un bienfait, comme la seule domination quipût nous sauver de l’anarchie qu’il prêchait, qui pût nousconduire à la liberté et au bonheur ! 11 sollicitait ce pou-voir tyrannique, pour qui? Vous ne voudrez jamais lecroire; vous ne connaissez pas assez tout le délire de savanité ; il le sollicitait pour lui ! oui, pour lui Marat ! Si safolie n’était pas féroce, il n’y aurait rien d’aussi ridiculeque cet être , que la nature semble avoir marqué tout ex-près du sceau de sa réprobation. »

NOTE 52, PAGE 254.

Parmi les opinions les plus curieuses exprimées sur Ma-rat et Robespierre , il ne faut pas omettre celle qui futémise par la société des jacobins dans la séance du di-manche 23 décembre 1792. Je ne connais rien qui peignemieux l’esprit et les dispositions du moment, que la dis-cussion qui s’éleva sur le caractère de ces deux person-nages. En voici un extrait :

» Desfieux donne lecture de la correspondance. Unelettre d’une société , dont le nom nous a échappé , donnelieu à une grande discussion propre à faire naître des ré-flexions bien importantes. Celte société annonce à la so-ciété mère qu’elle est invariablement attachée aux prin-cipes des jacobins; elle observe qu’elle ne s’est point laisseaveugler par les calomnies répandues avec profusion contreMarat et Robespierre , et qu’elle conserve toute son estiméet toute sa vénération pour ces deux incorruptibles am lSdu peuple.

» Cette lettre a été vivement applaudie, mais elle a étésuivie d’une discussion que Brissot et Gorsas , qui sontaussi sûrement des prophètes, avaient annoncée la veille-”

Robert : « Il est bien étonnant que l’on confonde toit"jourslesnoms de Marat et de Robespierre . Combien l’espri 1public est-il corrompu dans les départements, puisq uel’on n’y met aucune différence entre ces deux défenseursdu peuple ! Ils ont tous deux des vertus, il est vrai ; Mar*est patriote, il a des qualités estimables, j’en conviens)mais qu’il est différent de Robespierre ! Celui-ci est sage>modéré dans ses moyens , au lieu que Marat est exagér )n’a pas celte sagesse qui caractérise Robespierre . Il “suffit pas d’être patriote; il faut, pour servir le pet’P