NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
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dans ses desseins. Ils n’ont pas osé l’entreprendre directe-ment; c’est d'abord aux Cordeliers qu’ils se sont adressés.Dans les Cordeliers, à l’instant tout leur a été vendu et dé-voué. Observez bien que les Cordeliers ont toujours étémoins nombreux que les jacobins, ont toujours fait moinsde bruit : c’est qu’ils veulent bien que tout le monde soitleur instrument, mais qu’ils ne veulent pas que tout lemonde soit dans leur secret. Les Cordeliers ont toujoursété la pépinière des conspirateurs : c’est là que le plusdangereux de tous , Danton , les forme et les élève à l’au-dace et au mensonge, tandis que Marat les façonne aumeurtre et aux massacres : c’est là qu’ils s’exercent au rôlequ’ils doivent jouer ensuite dans les Jacobins ; et les jaco-bins , qui ont l’air de mener la France , sont menés eux-mémes, sans s’en douter, par les Cordeliers. Les cordeliers,qui ont l’air d’être cachés dans un trou de Paris , négocientavec l’Europe , et ont des envoyés dans toutes les cours,qui ont juré la ruine de noire liberté : le fait est certain ;j’en ai la preuve. Enfin ce sont les cordeliers qui ont en-glouti un trône dans des flots de sang, pour en faire sortirun nouveau trône. Ils savent bien que le côté droit, oùsont toutes les vertus, est aussi le côté où sont tous lesvrais républicains; et s’ils nous accusent de royalisme,c’est parce qu’il leur faut ce prétexte pour déchaîner surnous les fureurs de la multitude; c’est parce que des poi-gnards sont plus faciles à trouver contre nous que des rai-sons. Dans une seule conjuration, il y en a trois ou quatre.Quand le côté droit tout entier sera égorgé, le duc d’York arrivera pour s’asseoir sur le trône , et d’Orléans , qui lelui a promis, l’assassinera; d’Orléans sera assassiné lui-même par Marat, Danton et Robespierre , qui lui ont faitla même promesse , et les triumvirs se partageront laFrance , couverte de cendres et de sang, jusqu’à ce que leplus habile de tous, et ce sera Danton , assassine les deuxautres et règne seul, d’abord sous le titre de dictateur, en-suite, sans déguisement, sous celui de roi. Voilà leur plan,n’en douiez pas : à force d’y rêver, je l’ai trouvé; tout leprouve et le rend évident : voyez comme toutes les circon-stances se lient et se tiennent : il n’y a pas un fait dans larévolution qui ne soit une partie et une preuve de ces hor-ribles complots. Vous êtes étonné, je le vois : serez-vousencore incrédule ? — Je suis étonné, en effet; mais dites-moi, y en a-t-il beaucoup parmi vous, c’est-à-dire devoire côté,qui pensentcomme vous sur tout cela?—Tous,
OU presque tous. Condorcet m’a fait une fois quelques ob-jeetions ; Sieyes communique peu avec nous; Rabaut , lui,a un autre plan , qui quelquefois se rapproche et quelque-fois s’éloigne du mien : mais tous les autres n’ont pas plusde doute que moi sur ce que je viens de vous dire ; toussentent la nécessité d’agir promptement, de mettrepromptement les fers au feu y pour provenir tant decrimes et de malheurs, pour ne pas perdre tout le fruitd’une révolution qui nous a tant coûté. Dans le côté droit,il y a des membres qui n’ont pas assez de confiance envous ; mais moi, qui ai élé votre collègue , qui vous con-nais pour un honnête homme , pour un ami de la liberté,je leur assure que vous serez pour nous, que vous nous ai-derez. de tous les moyens que votre place met à votre dis-position. Est-ce qu’il peut vous rester la plus légère incer-titude sur tout ce que je vous ai dit de ces scélérats ? Jeserais trop indigne de l’estime que vous me témoignez, sije vous laissais penser que je crois à la vérilé de tout ceplan que vous croyez être celui de vos ennemis. Plus vousy mettez de faits, de choses et d’hommes, plus il vous pa-
raît vraisemblable à vous, et moins il me le paraît à moi.La plupart des faits dont vous composez le tissu de ce planont eu un but qu’on n’a pas besoin de leur prêter, qui seprésente de lui-même; et vous leur donnez un but qui ne seprésente pas de lui-même, et qu’il faut leur prêter. Or, ilfaut des preuves d’abord pour écarter une explication na-turelle, et il faut d’autres preuves ensuite pour faire adop-ter une explication qui ne se présente pas naturellement.Par exemple, tout le monde croit que Lafayette et d'Or-léans étaient ennemis, et que c’était pour délivrer Paris , laFrance et l’assemblée nationale, de beaucoup d’inquiétu-des , que d’Orléans fut engagé ou obligé par Lafayetle às’éloigner quelque temps de la France ; il faut établir, nonpar assertion, mais par preuve : 1° qu’ils n’étaient pas en-nemis ; 2o qu’ils étaient complices; 3° que le voyage ded’Orléans en Angleterre eut pour objet l’exécution de leurscomplots. Je sais qu’avec une manière de raisonner si ri-goureuse, on s’expose à laisser courir les crimes et les mal-heurs devant soi sans les atteindre et sans les arrêter parla prévoyance : mais je sais aussi qu’en se livrant à sonimagination, on fait des systèmes sur les événements pas-sés et sur les événements futurs ; on perd tous les moyensde bien discerner et apprécier les événements actuels; eten rêvant des milliers de forfaits que personne ne trame ,on s’ôte la faculté de voir avec cerlilude ceux qui nous me-nacent; on force des ennemis qui ont peu de scrupule à latentation d’en commettre auxquels ils n’auraient jamaispensé. Je ne doute pas qu’il n’y ait autour de nous beau-coup de scélérats : le déchaînement de toutes les passionsles fait naître, et l’or de l’étranger les soudoie. Mais,croyez-moi, si leurs projets sont affreux, ils ne sont ni sivastes, ni si compliqués, ni conçus et menés de si loin. ILy a dans tout cela beaucoup plus de voleurs et d’assassinsque de profonds conspirateurs. Les véritables conspirateurscontre la république, ce sont les rois de l’Europe et les pas-sions des républicains. Pour repousser les rois de l’Europe et leurs régiments, nos armées suffisent, et de reste : pourempêcher nos passions de nous dévorer, il y a un moyen ,mais il est unique; hâtez-vous d’organiser un gouverne-ment qui ait de la force et qui mérile de la confiance. Dansl’état où vos querelles laissent le gouvernement, une dé-mocratie même de vingt-cinq millions d’anges serait bien-tôt en proie à toules les dissensions de l’orgueil; comme adit Jean-Jacques, il faudrait vingt-cinq millions de dieux,et personne ne s’est avisé d’en imaginer tant. Mon cherSalles, les hommes et les grandes assemblées ne sont pasfaits de manière que d’un côté il n’y ait que des dieux etde l’autre que des diables. Partout il y a des hommes enconflit d’intérêts et d’opinions, les bons mêmes ont despassions méchantes, et les mauvais mêmes, si on chercheà pénétrer dans leurs âmes avec douceur et patience, sontsusceptibles d’impressions droites et bonnes. Je trouve aufond de mon âme la preuve évidente et invincible de lamoitié au moins de cette vérité : je suis bon , moi, et aussibon, à coup sûr, qu’aucun d’entre vous ; mais quand, aulieu de réfuter mes opinions avec de la logique et de labienveillance, on les repousse avec soupçon et injure , jesuis prêt à laisser là le raisonnement, et à regarder si mespistolets sont bien chargés. Vous m’avez fait deux fois mi-nistre , et deux fois vous m’avez rendu un très-mauvaisservice : ce sont les dangers qui vous environnent, et quim’environnent, qui peuvent seuls me faire rester au posteoù je suis. Un brave homme ne demande pas son congé laveille des batailles. La bataille, je le vois, n’est pas loin ;
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