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Tome I.
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NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.

» La Montagne a besoin du peuple ; le peuple est appuyésur la Montagne. On cherche à vous effrayer de toutes lesmanières ; on veut nous faire croire que les départementsméridionaux sont les ennemis des jacobins. Je vous dé-clare que Marseille est l’amie éternelle de la Montagne;qu’à Lyon les patriotes ont remporté une victoire complète.

» Je me résume et je demande : 1° que les sections lè-vent une armée suffisante pour former le noyau d’une ar-mée révolutionnaire qui entraîne tous les sans-culottes desdépartements pour exterminer les rebelles; 2° qu’on lèveà Paris une armée de sans-culottes pour contenir l’aristo-cratie; 5° que les intrigants dangereux, que tous les aris-tocrates soient mis en état d’arrestation ; que les sans-culottes soient payés aux dépens du trésor public, qui seraalimenté par les riches, et que cette mesure s’étende danstoute la république.

» Je demande qu’il soit établi des forges sur toutes lesplaces publiques.

» Je demande que la commune de Paris alimente de toutson pouvoir le zèle révolutionnaire du peuple de Paris .

» Je demande que le tribunal révolutionnaire fasse sondevoir, qu’il punisse ceux qui, dansles derniers jours, ontblasphémé contre la république.

» Je demande que ce tribunal ne tarda pas à faire subir'une punition exemplaire à certains généraux pris en fla-grant délit, et qui devraient être jugés.

» Je demande que les sections de Paris se réunissent àla commune de Paris, et qu’elles balancent par leur in-fluence les écrits perfides des journalistes alimentés parles puissances étrangères.

» En prenant toutes ces mesures, sans fournir aucunprétexte de dire que vous ayez violé les lois, vous donnerezl’impulsion aux départements, qui s’uniront à vous poursauver la liberté. »

( Séance du dimanche 12 mai 1793.)

Robespierre : « Je n’ai jamais pu concevoir comment,dans des moments critiques, il se trouvait tant d’hommespour faire des propositions qui compromettent les amis dela librrté, tandis que personne n’appuie celles qui tendentà sauver la république. Jusqu'à ce qu’on m’ait prouvé qu’iln’est pas nécessaire d’armer les sans-culottes, qu’il n'estpas bon de les payer pour monter la garde et assurer latranquillité de Paris , jusqu’à ce qu’on m’ait prouvé qu’iln’est pas bon de changer nos places en ateliers pour fabri-quer des armes, je croirai et je dirai que ceux qui, mettantces mesures à l’écart, ne vous proposent que des mesurespartielles, quelque violentes qu’elles soient, je dirai queces hommes n’entendent rien au moyen de sauver la pa-trie, car ce n’est qu’après avoir épuisé toutes les mesuresqui ne compromettent pas la société qu’on doit avoir re-cours aux moyens extrêmes, encore ces moyens ne doivent-ils pas être proposés au sein d’une société qui doit être sageet politique. Ce n’est pas un moment d’effervescence pas-sagère qui doit sauver la patrie. Nous avons pour ennemisles hommes les plus fins, les plus souples, qui ont à leurdisposition tous les trésors de la république.

u Les mesures que l’on a proposées n’ont et ne pourrontavoir aucun résultat; elles n’ont servi qu’à alimenter lacalomnie ; elles n’ont servi qu’à fournir des prétextes auxjournalistes de nous représenter sous les couleurs les plusodieuses.

» Lorsqu’on néglige les premiers moyens que la raison

indique, et sans lesquels le salut public ne peutétre opéré,il est évident qu’on n’est point dans la route. Je n'en di-rai pas davantage; mais je déclare que je proteste contretous les moyens qui ne tendent qu’à compromettre la so-ciété sans contribuer au salut public. Voilà ma profes-sion de foi : le peuple sera toujours en état de terrasserl’aristocratie ; il suffit que la société ne fasse aucune fautegrossière.

» Quand je vois qu’on cherche à faire inutilement desennemis à la société, à encourager les scélérats qui veulentla détruire, je suis tenté de croire qu’on est aveugle oumalintentionné.

» Je propose à la société de s’arrêter aux mesures quej’ai proposées, et je regarde comme très-coupables leshommes qui ne les font pas exécuter. Comment peut-onse refuser à ces mesures? comment n’en sent-on pas la né-cessité? et, si on la sent, pourquoi balance-l-on à les ap-puyer et à les faire adopter? Je proposerai à la sociétéd’entendre une discussion sur les principes de constitutionqu’on prépare à la France , car il faut bien embrasser tousles plans de nos ennemis. Si la société peut démontrer lemachiavélisme de nos ennemis, elle n’aura pas perdu sontemps. Je demande donc que, écartant les propositions dé-placées , la société me permette de lui lire mon travail surla conslilution. »

( Séance du dimanche 26 tnai 1795.)

Robespierre : « Je vous disais que le peuple doit se re-poser sur sa force; mais, quand le peuple est opprimé,quand il ne lui reste plus que lui-même, celui-là serait unlâche qui ne lui dirait pas de se lever. C’est quand toutesles lois sont violées, c’est quand le despotisme est à soncomble, c’est quand on foule aux pieds la bonne foi et lapudeur, que le peuple doit s’insurger. Ce moment est ar-rivé : nos ennemis oppriment ouvertement les patriotes;ils veulent, au nom de la loi, replonger le peuple dans lamisère et dans l’esclavage. Je ne serai jamais l’ami de ceshommes corrompus, quelques trésors qu’ils m’offrent.J’aime mieux mourir avec les républicains que de triom-pher avec ces scélérats. ( Applaudi .)

» Je ne connais pour un peuple que deux manièresd’exister : ou bien qu’il se gouverne lui-même , ou bienqu’il confie ce soin à des mandataires. Nous, députés ré-publicains , nous voulons établir le gouvernement dupeuple, par ses mandataires , avec la responsabilité; c’està ces principes que nous rapportons nos opinions , mais leplus souvent on ne veut pas nous entendre. Un signal ra-pide , donné par le président, nous dépouille du droit desuffrage. Je crois que la souveraineté du peuple est violée,lorsque ses mandataires donnent à leurs créatures les pla-ces qui appartiennent au peuple. D’après ces principes, jesuis douloureusement affecté,., »

(L’orateur est interrompu par l’annonce d’une députa-tion {tumulte). « Je vais, s’écrie Robespierre , continuerde parler, non pas pour ceux qui m’interrompent, maispour les républicains.

» J’exhorte chaque citoyen à conserver le senliment deses droits; je l’invite à compter sur sa force et sur celle detoute la nation; j’invite le peuple à se mettre, dans laconvention nationale, en insurrection contre tous les dé-putés corrompus. {Applaudi.) Je déclare qu’ayant reçu dupeuple le droit de défendre ses droits, je regarda commemou oppresseur celui qui m’interrompt ou qui me refuse