Buch 
Mémoires du Marquis de Bouillé : avec une notice sur sa vie, des notes et des éclaircissemens historiques / par MM. Berville et Barrière
Entstehung
Seite
69
JPEG-Download
 

CHAPITRE IV.

6 9

Une conversation que jeus avec lui au mois dejanvier 1789 , et qui a été la dernière, ne layantplus revu depuis , réalisa toutes mes conjecturessur ses projets, et sur le résultat quil en attendait.Je lui représentai avec force et avec vérité les dan-gers de la composition quil allait donner aux étals-

du troisième ordre ; et enfin ce qui y mit le comble , fut la con-duite faible et incertaine quon fit tenir au roi dans ses rapportsavec les états-généraux, dont on le sépara entièrement, au lieude len rendre larbitre. On aurait, dans la déclaration pourleur convocation, spécifier les objets pour lesquels ils étaient as-semblés ; on aurait prévoir les premières difficultés qui devaientse présenter, et dont les principales étaient de vérifier les pouvoirsdes députés , et de déterminer les cas les trois ordres devaientdélibérer, conjointement ou séparément. Ces deux questions de-vaient être soumises au gouvernement; ce qui était conforme àlesprit et aux principes des états-généraux. Le roi aurait du faire ,àloqverture de cette assemblée, les concessionsquiluiont été im-posées depuis par nécessité , et auxquelles il pouvait dautant moinsse refuser, que, par les cahiers et par les instructions donnésaux députés par leurs conslituans , ils insistaient généralementpour que lon mît des bornes raisonnables à lautorité royale, etpour quon réformât les abus. Enfin , le roi aurait donner , le4 mai 178g , la déclaration qui lui fut arrachée, en quelque ma-nière, le 23 juin suivant, qui fut rejetée alors, et qui auraitété acceptée avec enthousiasme à louverture des états. Le grandart des gouvernemens dans de pareilles circonstances, estdaccor-der à propos et volontairement au peuple, ce quil peut, dans lasuite, lui arracher par la force et par la violence. Il est très-diffi-cile de juger le moment il doit faire ces sacrifices , etcestà cedéfaut de jugement à cet égard que lon doit attribuer presquetoutes les révolutions que lon peut prévenir dans le principe vmais quil est difficile darrêter quand elles ont une fois fait desprogrès. Je désire que le gouvernement de France soit le dernierqui éprouve la vérité de cette maxime. M. de B..