76 MÉMOIRES DU MARQUIS DE ROUILLÉ .
Metz , il ne s’est commis aucun meurtre ; les pro-priété^ ont été protégées dans les villes et dans lescampagnes; aucun château n’a été brûlé, aucunseigneur ni propriétaire 11’a été exposé à la fureurdu peuple, qui s’est exhalée en vaines menaces; etpendant la première année de la révolution, j’aiété assez heureux pour maintenir parmi les vingt-cinq à trente mille hommes de troupes que j’avaisalors sous mes ordres, le même esprit qu’elles avaientauparavant.
Dès les mois d’avril et de mai de l’année 178g, ladisette s’était fait sentir à Paris et dans presquetoutes les provinces. On avait permis, sous le mi-nistère du cardinal de Loméuie, l’exportation desblés hors du royaume (1) ; la récolte avait étémauvaise l’année précédente : il y eut sans doutedes manœuvres secrètes pour arrêter la circulationdes blés dans les provinces, et pour faire des acca-paremens. Les uns en ont accusé le duc d’Or-léans; les autres, M. Necker lui-même. Je doisdire que, pressé par le peuple de la province, au-quel la subsistance était prête à manquer, encoreplus par les corps administratifs , qui étaient dans
(i) Au mois de juin 1788, le cardinal de Lome' nie fit donner,par le roi, une déclaration, pour établir la libre sortie des grainshors du royaume, regardée, dit cette déclaration, comme l’étatordinaire et habituel de la France . M. Neclter ne la fit pas révo-quer , quoique , sous le ministère de M. Turgot, il eût fait un ou-vrage , qui eut beaucoup de célébrité alors , contre la libre expor-tation. M. de B.