CHAPITRE VIII.
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Dès que je fus à la tête de mon armée, et quej’envisageai la situation effrayante des troupes etl’état dangereux du royaume, il me fut facile deprévoir qu’il y aurait dans peu une grande catas-trophe qui produirait vraisemblablement une guerrecivile. Je songeai sur-le-champ à m’assurer d’uneposition qui me mît à même d’employer avecutilité les ressources que j’avais en main pour ré-sister aux événemens, et même pour m’en rendremaître. Je pouvais disposer d’une cavalerie nom-breuse et de peu d’infanterie : je me proposai doncde rassembler les troupes sur lesquelles je pouvaiscompter, dans un lieu qui me donnât les moyens derésistance, des ressources pour les entretenir, etd’où j’aurais pu les faire agir librement et utile-ment sur les provinces voisines. Je choisis les bordsde la Seiîle qui tombe dans la Moselle , où il y ades prairies immenses, propres à nourrir un groscorps de cavalerie, surtout dans ce moment où l’onfaisait la récolte des fourrages. J’avais pour pointd’appui, trois petites places, Marsal, Vie et Moyen-vie, qui n’avaient qu’une petite population, quiexigeaient de’ médiocres garnisons, et dont la pre-mière, entourée de marais, était très-forte ; j’avaisdes plaines pour faire manœuvrer ma cavalerie;j’étais placé entre l’Alsace, la Lorraine et les Évê-chés, et j’avais une entrée en Franche-Comté et enBourgogne. Je m’assurai de Bitch et de Phalsbourg ,petites forteresses excellentes qu’un bataillon suf-fisait pour garder, où il n’y avait ni peuple, ni