2lC> MÉMOIRES BU MARQUIS DE BOUILLE.
entier dans aucune explication sur des objets plusintéressans. Jetais plus convaincu que jamais, qu’iln’y avait rien à attendre de lui : son existence po-litique était presque finie; il fallait craindre , avantsa chute, ses derniers efforts et les effets de sondésespoir, qui rejailliraient plutôt sur les aristo-crates et les royalistes , les moins dangereux de sesennemis , que sur ses plus formidables adversaires.
Peu de jours après, je reçus des lettres en chif-fres du roi, relativement à son départ, qu’il m’an-nonçait pour la fin d’avril ou les premiers jours demai au plus tard. Ayant choisi la route de Va-rennes pour se rendre à Montmédy , il désirait quej’établisse une chaîne de postes depuis Châlons jus-qu’à cette place ; il m’informait qu’il partirait, avecsa famille , dans une seule voiture qu’il ferait faireexprès. Dans la réponse que je fis au roi , je prisla liberté de lui représenter encore une fois que laroute par Varennes offrait de grands inconvéniens,à cause des relais qu’il fallait y placer pour suppléerà la poste ; ce qui me forçait, ou à mettre quel-qu’un dans la confidence, ou à donner des soup-çons , principalement dans un moment où la mé-fiance se renouvelait plus fortement que jamaiscontre moi, ainsi que contre tous les officiers-géné-raux et les chefs militaires, à cause de la conspi-ration de Lyon , découverte peu de mois avant,dans laquelle on savait que ceux-ci étaient entrés,et à cause du séjour des émigrés dans le voisinagede la frontière, qui rentraient très-souvent, vç-