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Mémoires du Marquis de Bouillé : avec une notice sur sa vie, des notes et des éclaircissemens historiques / par MM. Berville et Barrière
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222 MÉMOIRES DU MARQUIS DE BOUIDLÉ.

Champagne, je ne pouvais compter que sur huitou dix bataillons suisses ou allemands qui me res-taient , toute l’infanterie française étant tellementcorrompue que je n’osais en placer auprès du roi.On s’était occupé de me priver des meilleurestroupes, de sorte que je ne pouvais rassembler quetrente escadrons restés fidèles au roi, ou que jesupposais l’être. Le corps d’artillerie était si mau-vais, que je n’aurais pas trouvé suffisamment decanonniers pour servir quelques pièces de canon.

Le peuple dans les provinces , principalementsur la frontière, qui avait paru un moment, ainsique je l’ai dit, mécontent de l’Assemblée et de laconstitution, s’y était attaché, depuis peu, plusfortement que jamais. On avait réveillé son inquié-tude par les mêmes moyens qu’on avait employésprécédemment. Des bruits adroitement répanduspar les jacobins, sur la rentrée des émigrés enFrance , suivis des armées étrangères, auxquellesdevaient se réunir tous les aristocrates de l’in-térieur, les complots de ceux-ci, la trahison desgénéraux pour livrer les places de l’armée aux en-nemis; celle des officiers et leurs intelligences avecle dehors : ces bruits, toujours bien accueillis dupeuple dans des temps de révolution, s’accréditaientavec d’autant plus de facilité, que pendant queles royalistes au-dedans exhalaient tous les senti-mens de leur juste vengeance en menaces quijustifiaient, en quelque manière , les alarmes queles révolutionnaires répandaient , les royalistes