228 MÉMOIRES BU MARQUIS DE BOUILLE.
du roi, avec mépris sur l’Assemblée et sur les partisqui la divisaient ; il me témoigna un désir extrêmequ’on rendît au roi sa dignité, sa liberté, son au-torité ; à la monarchie son ancienne constitution ,ou du moins à quelques changemens près que lescirconstances rendaient inévitables.
Je lui témoignai mon étonnement, que l’ami duduc d’Orléans qui avait détruit jusqu’au dernierrameau de l’ancien gouvernement, qui, depuisdeux ans, n’avait cessé de persécuter le roi, quiavait mis le royaume en combustion, me parlâtainsi. Je lui dis que je ne le croyais pas associé àsa conduite criminelle, mais que constamment at-taché à ce prince, lié à son parti , il aurait dûl’abandonner puisqu’il pensait ainsi.
Il excusa le duc d’Orléans , en m’assurant que ,poussé d’abord par un sentiment de vengeancecontre le roi, et particulièrement contre la reine,il avait été entraîné par des scélérats habiles plusloin qu’il ne le croyait ; qu’il avait voulu s’arrêter ;qu’il avait fait demander son pardon au roi, dansl’intention de se jeter à ses genoux, et qu’il le luiavait refusé ; qu’alors ne voyant plus d’espoir danssa clémence, il s’était livré au désespoir, et qu’il
duc (te Lauzun avait, aux yeux des jacobins, des torts que nepouvaient effacer ses services; c’était l’amitié qui l’unissait au ducd’Orléans, sa naissance et son humanité. Dénoncé à la Convention,condamné à mort par le tribunal révolutionnaire , l’approche dusupplice ne put un seul moment ébranler son courage. Il mourutle u nivôse an IL ( Note des nouv. édit. )