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s’appuyant dessus et manifestant qu’il voulait parler,il se fit un grand silence. Je suis vieux, dit-il, et mesfils sont bien jeunes ; je les mets sous la garde et pro-tection de cette bandière; mes amis, je vous recom-mande mes enfans; et si je quitte bientôt ce monde,servez leur de pères en leur jeunesse, afin quils soientun jour de bons et sages princes à votre gré : mesamis, vous ferez ce que je vous demande, car vousm aimez, je le sais bien. Le prince ayant prononcéces touchantes paroles d’une voix toute affectueuse etavec attendrissement de coeur, tous les assistans enlarmes d’admiration et d’amour, s’écrièrent, répétantles paroles suivantes du maître-bourgeois en chef :Monseigneur, monseigneur , nos corps, biens et viessont à vous et aux vôtres à toujours. Certes il fautavoir vu ces choses pour pouvoir s’en faire une justeidée; car comment décrire ce touchant murmure devoix confuses, éloquent langage des coeurs pénétrésde respect, tendresse et gratitude. Je remarquai queles plus badins et bouffons d’entre les susdits sei-gneurs français semblaient émerveillés et pleuraientcomme nous, voire un peu plus. Certain est-il que siles princes de la terre assistaient une seule fois enleur vie à pareille fête, ils ne pourraient être à meil-leure école, et en vaudraient davantage; car c’estmiracle si sur dix souverains, il s’en trouve un seule-ment qui sache que la légitime autorité d’un princesur ses sujets n’est autre chose que celle d’un bonpère sur ses enfans.
On ne doit pas être surpris qu’un ancien serviteurqui a eu l’honneur et la grande fortune d’être en la