20 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1769-1790.temps, et douée d’une grande force d’àme, le suivit souvent à cheval,et partagea les périls de ses expéditions. Elle était enceinte à l’époquede la bataille de Ponte-Novo, gagnée par les Français en juin 1769.Alors elle se trouvait à Corté , siège du gouvernement de Paoli, chezles Arrighi, parents de Charles Bonaparte . A la suite de cette affaire,qui décida du sort du peuple corse , elle dut aller chercher un asiledans les montagnes de la Ronda, d’où elle revint à Ajaccio . Ainsi, dèsles entrailles de sa mère, celui qui devait devenir le premier capitainedu siècle, fut jeté au milieu des agitations de la guerre, comme si lanature l’eût destiné au métier des armes. Cependant Letizia Ramolinitouchait au dernier terme de sa grossesse ; malgré cette circonstance ,et n’écoutant que son courage, elle voulut assister à la fête de l’Assomp-tion; mais elle n’eut que le temps de revenir chez elle pour déposer surun tapis à fleurs un fds qu’on appela Napoléon : c’éteit le nom que por-tait toujours l’un des membres de la famille , e:i mémoire d’un Napoléondes Ursins, célèbre en Italie. Napoléon naquit le 15 août 1769, deuxmois après la bataille de Ponte-Novo.
Le premier iige de Napoléon ne marqua point par ces prodiges donton se plaît à entourer le berceau des grands hommes. Lui-même a dit :« Je n’étais qu’un enfant obstiné et curieux.» Il faut ajouter à ces deuxtraits caractéristiques beaucoup de vivacité dans l’esprit, une sensibilitéprécoce, mais en même temps l’impatience du joug, une activité sansmesure, et cette humeur querelleuse qui affligeait tant la mère de Ber-trand Duguesclin quand il était jeune encore. Alors, comme depuis,soit que Napoléon fût assailli par les autres, soit qu’il les attaquât lui-même , il s’élancait sur ses ennemis sans jamais compter leur nombre ;aucun obstacle ne pouvait l’arrêter. Personne ne lui imposait, exceptésa mère , femme d’un esprit viril, qui savait se faire aimer, craindreet respecter. Napoléon , tout indomptable qu’il paraissait être, appritd’elle la vertu de l’obéissance , l’une des causes de ses succès dans lesécoles ; il dut aussi probablement aux exemples maternels cet amour del’ordre, cette économie qui l’a tant aidé à soutenir ses vastes entreprises.Sous ces deux rapports, son oncle, l’archidiacre Lucien, qui avait dusavoir et des lumières, lui donna lui-même de précieuses leçons, enadministrant avec sagesse les biens de la famille, dont il devint le secondpère. Le bon archidiacre avait observé avec autant de curiosité que desatisfaction la rare intelligence, les habitudes de réflexion, la constance