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Tome premier.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1793, 1791. 39

tenir cette batterie : alors Bonaparte , pénétré plus que jamais , et sur-tout d’après les affaires qui avaient eu lieu , que la prise de Toulon dépendait de celle du Petit-Gibraltar; pressé, d’ailleurs, ainsi que legénéral en chef, par de nouveaux ordres de prendre Toulon , s’avisad’une de ces ressources que le génie et la connaissance profonde qu’ilavait déjà du caractère de ses soldats pouvaient seuls lui inspirer.Yoilà son premier essai dans cet art que l’on peut appeler la tac-tique morale, et que depuis il a poussé si loin. Le brave sergent dubataillon de la Côte-d’Or , Junot, était resté d’ordonnance auprès deson chef ; Bonaparte lui ordonne d’écrire en gros caractères sur unécriteau qu’il fait placer en avant de la batterie : Batterie des hommessaks peur. 11 avait bien jugé nos soldats : dès ce moment tous les canon-niers de l’armée voulurent y servir. Lui-même, debout sur le parapet,donna l’exemple aux hommes sans peur, et commanda le feu, qui, com-mencé le 14 décembre, dura jusque dans la nuit du 17, et fut terrible.Dugommier n’avait résolu l’attaque que pour le lendemain ; mais Bona-parte estime que le moment est favorable pour répandre plus de désordreparmi les assiégés, et en outre les représentants insistent avec opiniâ-treté sur l’attaque. Dans la nuit du 16 au 17, l’armée, réunie dans levillage de la Seine , marche sur quatre colonnes, dont deux sont desti-nées à observer les forts de Malbousquet, de Balaguir et de l’Éguillette ;une autre reste en réserve ; et la quatrième, composée d’hommes d’élitecommandés par Laborde, et à la tête desquels s’avance généreusementle brave Dugommier, va droit sur le Petit-Gibraltar. Pendant ce temps,le commandant d’artillerie fait jeter sept à huit mille bombes dans le fort ;mais cette colonne est repoussée, et le général en chef allait chercher saréserve, quand il la voit venir à lui avec Bonaparte . Un bataillon, sousles ordres du capitaine d’artillerie Muiron , qui connaissait les locaütés,marchait en avant-garde. A trois heures du matin, Muiron pénètre dansle fort par une embrasure, avec le général en chef et Bonaparte , à quiil sauva la vie dans la mêlée ; le colonel Laborde entre par un autrecôté. L ennemi se rallie à sa réserve, se reforme, et se présente troisfois pour reprendre le Petit-Gibraltar. A cinq heures, le combat allaitrecommencer par l’arrivée de quelques pièces de campagne que l’ennemiavait fait venir ; mais nos canonniers parvinrent à se servir de six piècesdu fort, et les Anglais se mirent en retraite. La prise du fort Mulgravecoûta mille hommes aux Français et deux mille cinq cents aux ennemis.