HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1797. 193
l’autre côté du Rhin , je proclame le roi; j’arbore le drapeau blanc, lecorps de Condé et l’armée de l’empereur s’unissent à nous, aussitôt jerepasse le Rhin, nous marchons sur Paris , et nous irons en quatorzejours. » Telles furent les propositions de Pichcgru. Le prince de Condéavait rejeté la coopération autrichienne.
Wickam, ministre d’Angleterre en Suisse , offrit douze millions;Pichegru , dénoncé au directoire, partit pour la capitale avec 900 louisque Wickam lui envoya. A Paris on n’osa pas débrouiller les fils d’uneintrigue où Pichegru se trouvait impliqué. L’on se contenta de le nom-mer à l’ambassade de Suède : il revint en congé passer un mois à l’ar-mée du Rhin, récemment placée sous les ordres de Moreau. Là Piche-gru, abandonnant son premier projet, conseilla au prince de Gondéde pousser les Autrichiens à rompre la trêve, de faire attaquer vigou-reusement les Français , qui seraient battus ; et alors il ne doutait pointque le directoire ne lui rendît le commandement. De plus, le généralautrichien devait déclarer ne vouloir traiter qu’avec lui, et Pichegru avait refusé l’ambassade de Suède , afin de pouvoir suivre librementle nouveau complot. Mais les Autrichiens ayant été constamment dé-faits, Pichegru se vit forcé de se replier sur son influence politique àl’intérieur, et de chercher un asile dans la représentation nationale.
Cependant Moreau, qui possédait entre les mains les preuves écritesde la connivence de Pichegru avec le prince de Condé et l’Anglais Wic-kam pour opérer la contre-révolution en France , avait sacrifié sonhonneur, son devoir, à son amitié pour un perfide; et un mois plustard, le 20 mai, Pichegru et son complice le général Willot, signaléau directoire par Ronaparte dès son arrivée à Nice , étaient entrés aucorps législatif, comme on l’a vu plus haut. Ainsi, Moreau, déjà obligépar son serment de général en chef de veiller sur le salut public, avaitde plus encouru la responsabilité de laisser siéger parmi les législateursde la république un homme qu’il savait être un traître, comme généralet comme citoyen. Et, en effet, trois mois après l’élection de Pichegru ,dans les premiers jours de fructidor, des symptômes de contre-révolu-tion s’étant fait remarquer dans la capitale et même dans les conseils,ces inquiétudes parvinrent jusqu’à Strasbourg , où Moreau tenait sonquartier général. Alors plusieurs officiers qu’il avait employés au dé-chiffrement des pièces du fourgon de Klinglin, et qui n’étaient pointdans le secret de leur chef, témoignèrent la résolution de dénoncer au