202 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1797.
des frontières de la France . Le traité soumet encore à la républiquel’archipel vénitien. Enfin, à Radstadt , où devait se négocier la paix del’Europe, une stipulation militaire entre le général Bonaparte et le comtede Cobentzel allait enclaver dans la nouvelle ligne du Rhin la grandeforteresse de Mayence , le territoire prussien et les états laïques et ecclé-siastiques situés sur la rive gauche. Quant à l’Autriche , elle recevaitVenise, l’Istrie, la Dalmatie et les provinces de terre ferme jusqu’àl’Adige. Elle devait en outre être indemnisée en Allemagne de tout ceque la Prusse perdrait sur la rive gauche du Rhin. Tel fut l’arrêt de lajustice diplomatique qui présida aux clauses de Campo-Formio, dontil résultait trois millions cinq cent mille habitants pour la succursale dela république française en Italie, pour la Cisalpine ; quatre millions deplus pour la France, deux pour l’Autriche. Le général Bonaparte chargea Berthier, chef d’état-major, et le savant Monge, de porter àParis le traité au directoire. L’un représentait l’armée, l’autre lessciences : c’était rendre en même temps hommage à la patrie des arts età la valeur nationale.
La position de Bonaparte à Passeriano offrait d’autant plus de diffi-cultés, que la question à résoudre l’intéressait doublement, en sa qua-lité de plénipotentiaire et de général en chef, et seul il était juge duparti à prendre. Jusqu’à la prise de Mantoue , il avait toujours voulula guerre ; depuis il avait toujours voulu la finir. Cependant lecomte de Cobentzel se trompa sur cette intention, et dans la confé-rence du 16 octobre il lui avait dit fièrement, que sa cour aimeraitmieux fuir de Vienne que de signer une telle paix; que lui, Bona-parte , sacrifiait ses devoirs de négociateur à ses vœux comme gé-néral; qu'il le rendait responsable du sang qui allait couler; néan-moins ce fut en prenant l’attitude hostile, que Bonaparte arracha àl’Autriche le traité dont il avait lui-même fixé les bases depuis plus dequatre mois à Montebello. Réduit à son seul arbitrage dans une affairedont, selon lui, dépendait encore plus la sûreté de la république quecelle de la cour de Vienne , il demeura convaincu qu’une bonne paixvalait mieux pour la France que de nouvelles victoires. Je ne doute pas,écrivit-il au ministre Talleyrand , que. la critique ne s’attache vivement àdéprécier le traité que je viens de signer. Il fit valoir la nécessité où il seserait trouvé de conquérir deux ou trois provinces autrichiennes. L’em-pereur pouvait lui opposer cent cinquante mille hommes et quarante