284 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1799.
restés dans le palais; et cette minorité ose décréter que le généralBonaparte , les généraux et les soldats, qui viennent de dissoudrepar la violence les mandataires fidèles du peuple, ont bien mérité de lapairie.
De ce jour date le premier contrat entre le pouvoir civil et l’arméepour la destruction de la république. Toute pudeur, toute religion duserment, toute vertu publique, étaient foulées aux pieds par les résolu-tions qui rendirent solennel le parjure d’une partie de la représentationnationale.
Dans la même journée, on promulgue l’acte qui devait servir de baselégale à la nouvelle révolution. Par cet acte, le directoire est aboli : lescitoyens Sieyès, Boger-Ducos et Bonaparte forment une commissionconsulaire exécutive : les deux conseils sont ajournés, et soixante-deuxmembres du parti républicain, parmi lesquels on remarque le généralJourdan, sont exclus. Une commission législative de cinquante membres,pris dans les deux conseils, doit préparer un travail sur la consti-tution.
Les consuls prêtent au conseil des Anciens le serment accoutumé 4ta souveraineté du peuple, à la république une et indivisible, à la liberté , àl’égalité et au système représentatif, dernier hommage rendu à la nationfrançaise, qui accepta toutes les garanties du serment, et qui elle-même alors les donnait encore.
A cinq heures du matin, le nouveau gouvernement, ainsi établi,quitta Saint-Cloud, et alla recueillir au Luxembourg l’héritage du di-rectoire. Dans la matinée, les trois consuls s’assemblèrent. Qui de nousprésidera? dit Sieyès à ses deux collègues. Vous voijez bien, réponditBoger-Ducos, que c’est le général qui préside.
Sieyès avait compté sur un partage du pouvoir entre le général etlui ; il croyait que le pouvoir exécutif lui resterait, et que Bonaparte se contenterait de diriger l’armée. Mais à cette première conférence, ilfut tellement frappé de la sagacité singulière avec laquelle son collèguetraita les plus hautes questions de la politique et de l’administration ;il sentit si profondément l’ascendant inévitable de cet homme extraor-dinaire , qu’en sortant il dit à MM. de Talleyrand , Cabanis , Eéderer,Chazal et Boulay de la Meurthe, conseillers privés du général pour lesdesseins qu’il venait d’exécuter : A présent, messieurs, nous avons u»maître. Il sait tout, il fait tout et U peut tout.