HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1799. 287
avait si audacieusement trahi le directoire. Le ministère tirait une grandeforce de sa composition ; il ralliait au consul une foule d’opinions op-posées entre elles, et commença cette fusion qui devait confondre toutesles nuances de l’ancienne loi dans la nouvelle, et présenter un asilemême aux ennemis de la révolution française. Entraîné par la crainte,passion malheureuse et constante de son cœur, Sieyès penchait encorepour les proscriptions. Ce Nestor de la liberté demanda la déportation,sans jugement, de cinquante-neuf citoyens, tant dans les déserts dévo-rants de la Guyane que sur la plage insalubre de l’île d’Oléron. Quoi-que aussi impolitique qu’injuste, ce décret fut rendu ; le consul Bona-parte , mieux inspiré, en arrêta l’exécution. Dans cette conduite deSieyès on cherche ce législateur profond, ce sage dont l’absence parais-sait une calamité publique au plus éloquent orateur de l’assembléeconstituante : le règne du prétendu Solon , improvisé par l’enthou-siasme de Mirabeau , ne devait pas être de longue durée.
Le lendemain de la proposition de Sieyès , deux décrets, révolu-tionnaires dans la forme , mais dictés par la raison, révoquèrent lesodieuses lois des otages et de l’emprunt forcé. Ces deux décrets atta-chèrent l’opinion au général consul, car on ne voyait que lui ; pour laFrance , il était le premier ou plutôt le seul. La supériorité, comme l’in-dépendance, appartenait à sa nature et à sa destinée; l’Italie, l’Égypte ,avaient prouvé cette double vocation ; le consulat la fit éclater encoredavantage. Jamais plus belle magistrature n’honora un grand citoyen.Cette haute dignité semblait créée subitement pour marquer à la fois etle résultat et le terme de la révolution. Le peuple français, si heureuxQuand il jouit, si peu malheureux quand il souffre, se lança avec im-pétuosité dans la carrière de l’espérance, et devint, sans le savoir, lePrincipal mobile de la puissance secrète qui fermentait sous les in-signes de la liberté. Tout concourait, dans cette phase si mémorable denotre régénération , à séduire, à consoler, h exalter l’opinion. Le cos-tume antique des directeurs et des députés fut remplacé par l’habitNational. Des noms chers à nos armes reparurent à la tète de nos sol-dats. Moreau eut l’armée du Rhin et du Danube , Masséna celle d’Ita-tic. Un négociateur partit pour traiter à Londres de l’échange de nosPrisonniers, si longtemps et si lâchement abandonnés par le directoiredans les prisons d’Angleterre. Bonaparte réclama l’accomphssement des °n traité de Malte , en rappelant tous les chevahers de l’ordre nés en