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Tome premier.
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336 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1800, 1801.

de la France et pour tous les intérêts extérieurs; on n’osait toutefois

soulever le voile de l’avenir : on attendait en silence.

Ce fut le 12 février que la nouvelle de la paix de Lunéville vint sur-prendre la ville de Paris , livrée tout entière aux divertissements ducarnaval. La fête populaire devint tout à coup une fête héroïque ; la po-pulation se porta d’enthousiasme aux Tuileries , au cri mille fois répétéde vive Bonaparte ! elle forma des danses sous ses fenêtres et improvisales jeux du triomphe et de la paix; la musique militaire de la gardeconsulaire servit d’orchestre au bal parisien; le canon jusqu’à la nuitaccompagna les plaisirs de ses belliqueuses détonations ; les théâtres re-tentirent de chants de victoire soudainement enfantés par les poètes dela république; les habitants illuminèrent spontanément; les Parisiens exercèrent à l’envi leur joyeuse royauté, qu’ils avaient à peine abdi-quée , même sous la terreur. La hausse des fonds, depuis si infidèle auxintérêts de la France , signala dès ce jour la marche ou plutôt l’entraî-nement de l’opinion ; on spécula sur le traité de Lunéville , comme onavait spéculé sur le 18 brumaire, et cet agiotage, créé par la gloire quicouvrait la France , parut un gage donné à la fortune publique. La fêtela plus brillante fut celle de M. de Talleyrand , ministre des relationsextérieures : le premier consul y reçut l’hommage de tout ce que Paris renfermait d’hommes distingués dans toutes les classes, soit natio-naux , soit étrangers ; les illustrations de la monarchie et de la révo-lution , vieux seigneurs et vieux républicains, nouveaux riches, guer-riers, savants, poètes, magistrats, législateurs, artistes, tout s’ytrouva réuni pour honorer dans la personne du premier consul lepassé, le présent et l’avenir. Paris se livrait sans prévoyance à toutle délire de la prospérité nationale ; Bonaparte recueillait alors les votesde cet autre 18 brumaire qu’il méditait. Jamais .la liberté d’un grandpeuple, tel que les Français l’étaient alors, ne succomba à un plus beaupéril.

Le souvenir de cet enthousiasme, de cette séduction, est sans douteperdu; mais le tribut payé à l’industrie par l’homme des champs debataille devait revivre à jamais dans l’institution du 4 mars 1801 : àdater de ce jour, l’exposition des produits manufacturiers et industrielsde la France fut décrétée pour la clôture de l’année républicaine, du 17au 22 septembre. Cette création, qui révéla encore une autre supério-rité de cette époque si digne de mémoire, éleva la gloire des arts utiles