522 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 4807.
victoire certaine, quoique chèrement achetée, ne purent affaiblir l'im-pression profonde de douleur que produisit sur la France le bulletinde la bataille d’Eylau. D’ailleurs , la relation elle - même avait quelquechose de sauvage, qui semblait faire reculer la civilisation de quelquessiècles. Malgré leur retraite, conséquence inévitable des manœuvres deNapoléon , et des succès de l’armée française sur tous les points, lesRusses osèrent chanter un Te Deum . Napoléon seul en avait le droit ;mais quel hommage à la Divinité, que des actions de grâces pour deslauriers arrosés de tant de sang ! Le beau talent du peintre Gros s’estrésigné à reproduire pour la postérité le tableau de cette grande scènede carnage que les Français ne peuvent célébrer parmi leurs triomphes :trop de regrets se mêlent aux miracles des intrépides soldats et des ha-biles lieutenants de Napoléon . Heureusement les noms de Murat ,Lannes, Soult appartiennent à des faits d’armes d’une gloire moins fa-tale. Le lieutenant général d’Hautpoult fut blessé à mort à Eylau. Ilavait exécuté à la tête de ses .cuirassiers cette fameuse charge qui tra-versa toute l’armée russe. Un décret lui décerna une statue; elle devaitêtre placée sur la place des Victoires, et faite avec le bronze des canonspi’is à Eylau. Napoléon courut volontairement les plus grands dangersà cette effroyable affaire; en vain le prince Berthier voulut l’empê-cher de rester constamment sous le feu le plus violent des batteriesennemies; il persista à s’exposer, sans donner le plus léger signe d’émo-tion, au milieu des alarmes que sa position inspirait à tous ses gé-néraux.
La seconde capitale de la Prusse, la grande ville de l’Allemagne septentrionale, Kœnigsberg enfin, manque à la conquête du royaumede Prusse , et la victoire d’Eylau doit être vengée par le vainqueurlui-même. Kœnigsberg n’échappe à nos soldats que pour un moment,car Beningsen l’avait évacuée après le désastre du 9. Mais l’orgueil desRusses ne pourra croire longtemps à l’égalité de la fortnne militaireentre eux et l’armée française . S’ils ont paru, même à Eylau, avoiroublié Austerlitz, tout le génie de Napoléon et de son armée sera mis enœuvre pour les frapper par d’autres souvenirs. Napoléon a conservél’offensive, et les plus hautes combinaisons de la tactique, les plusbrillantes conceptions de l’art de la guerre montreront à l’Europe ,sous une face tout à fait nouvelle, l’arbitre de ses destinées. Cependantles Français sont entrés dans les cantonnements qu’ils viennent de cou-