MATÉRIAUX POUR SERVIR A u’iIISTOIRE. 431
d’une prépondérance que rien ne balançaitplus , elle croyait que pour la remettre à saplace il suffisait de vouloir. Les fanatiques tirè-rent un parti prodigieux de la violation du ter-ritoire d’Anspach pour électriser le peuple. Leroi attachait un grand prix à l’opinion quandelle était générale , et l’opinion des hommes ar-dents passe aisément pour celle de la nation. Ilflottait entre le tact qui lui présageait son sortet la sévérité de ses principes. De ses principes ;car, plus il avait rejeté la guerre, parce qu’à sesyeux il n’y avait que le cas d’une agression quila rendît juste, plus il sentait aussi qu’à prendreles choses à la rigueur, abstraction faite des mo-tifs de prudence qui suspendent l’application dela règle, il devait à la sienne des résolutions vi-goureuses , et qu’en le mettant en contradictionavec lui-inême, ceux qui l’accusaient de faiblesseauraient eu gain de cause aux yeux du vulgaire.
En effet, le moment était venu où il fallaitdescendre de son rang ou le maintenir avecéclat. Ou la Prusse en tenait un entre les pre-mières puissances, et alors on traversait aussi peuson territoire sans demander son aveu, qu’onoserait aujourd’hui toucher à celui de la France ou du moindre de ses alliés ; ou elle était dansune catégorie qui lui imposait des sacrificespénibles et un silence humiliant, et il fallait