— 69 —
antre les autres arbres delà forêt. Cependant il s’y rattacheun souvenir assez intéressant pour qu’il vaille la peine dele conserver.
Pendant le moyen-âge, lorsque le catholicisme étaitencore la religion de toute la chrétienté, les sommets etes croupes de nos montagnes étaient déserts et hérissésd’épaisses forêts. Les cimes les plus élevées se dressaientchauves et nues, voilées souvent par un rideau de brouil-lards. Les enfoncemens , les combes , les petites valléesintermédiaires dont les eaux ne trouvaient pas un écou-lement facile, ne présentaient que des tourbières maré-cageuses et malsaines. Dans ces contrées sauvages, lesloups , les sangliers, les ours, erraient en liberté, in-quiétés seulement de temps à autre par les chasses deschevaliers ; les serpens y développaient leur entière crois-sance et parvenaient souvent à une taille qu’il est rarede rencontrer de nos jours. Ces diverses circonstancesétaient surtout vraies pour le large dos du terrain, acci-denté de mille manières, qui sépare le Val-de-Travers decelui de la Brevine. Le nom de plusieurs de ces localités :la Combe à la Vuivre , que ce nom dérive de hydra ou dewaver (forêt) ; les Sagnettes , marais qu’on a desséchés aumoyen de tranchées, de saignées ; la Louva , anciennepossession de famille qui reçut dans le courant du 18 e sièclele nom plus gracieux de Mon Lézi (mon loisir) ; le Boisde l’ale ; Mâle-Mont ; Très-mâle-mont ; la Roche ; Roche-Bulon ; les Charbonnières etc., tous ces noms rappellentdes contrées sauvages, marécageuses, boisées, d’un a-bord dangereux et difficile, infestées d’animaux de proie.En conséquence, le passage d’une de ces vallées dansl’autre n’était pas sans péril, et ceux qui l’entreprenaientavaient soin de se recommander auparavant à la prolec-