CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 11
fonds pour l’exécution de ces grands travaux, tandis que le midi et le centre s’étaient contentésde laisser faire et d’attendre.
Une pareille leçon sera-t-elle perdue pour le centre et le midi? La faute serait impardon-nable ! heureusement elle est impossible ; des populations intelligentes ne font pas deux foisde suite une pareille école, et les chemins de fer, bien autrement importants que les voiesnavigables et les routes ordinaires qu’ils vont presque annihiler et remplacer, en ce qui con-cerne les voyageurs, éveilleront toute la sollicitude, toute l’activité des localités où doit passerla ligne de Paris à Bordeaux . Elles feront cette fois comme a fait le nord pour les canaux ; elless’aideront elles-mêmes, elles s’entendront, elles s’associeront. Bordeaux a déjà formé une asso-ciation pour le canal latéral à la Garonne.
Ces localités ne se laisseront pas déshériter et ruiner. Mais si elles veulent réussir , il fauts’entendre, et parler et agir avec ensemble. Autrement, d’autres localités qui auront cette pru-dence, l’emporteront sur elles, ou tout au moins les devanceront, et il importe singulièrementde ne pas se laisser devancer, parce que les premiers chemins établis dans une direction en-traîneront et garderont ensuite, quoi qu’on fasse, le mouvement commercial, que réclame-raient vainement d’autres chemins construits trop tard dans une direction voisine. ,
Il faut encore s’aider, se remuer, frapper, demander et insister, et surtout s’entendre, pourécarter l’intervention meurtrière de l’intrigue et de l’agiotage, et pour repousser la domination etla rapacité des accapareurs de têtes de chemins qui, du poste où ils se retranchent, à la portedes grandes villes, prétendent rançonner les lignes les plus considérables.
Indiquons ici la destinée prochaine des chemins de fer.
Dès qu’un chemin de fer sera établi, les voyageurs et le commerce le préféreront à toutes lesautres voies, et voici pourquoi :
Sur les rivières, on marche lentement, même en descendant; en remontant, c’est bien autrechose; et, soit en remontant, soit en descendant, on est obligé de suivre les sinuosités du ri-vage, on rencontre des passages dangereux (notamment les ponts, les prises d’eau), des bas-fonds; quelquefois le fonds est changeant, comme celui de la Loire ; les grosses eaux, les basseseaux et les glaces arrêtent périodiquement la navigation; et toujours l’humidité nuit aux voya-geurs et à certaines marchandises.
Si les canaux sont moins contournés, ils aboutissent à des rivières dont on retrouve les in-convénients; les canaux eux-mêmes n’en manquent pas : leurs écluses ralentissent la marchedéjà bien lente; ils ont aussi leur humidité, leurs basses eaux, leurs glaces et de plusieurs chau-mages périodiques pour le curage. Les embarcations y paient un droit que remboursent lesmarchandises et les voyageurs.
Quoique plus promptes que les voies navigables, les routes de terre sont encore trop lenteset fort coûteuses. 11 faut passer des nuits dans lés diligences et dans les malles-poste; les cahots11 roulage fatiguent ou brisent les enveloppes et mettent en péril les marchandises délicates,surtout les liquides.
1-a mer a des écueils, des tempêtes, des avaries et des naufrages, des calmes qui retardent