688 ARMÉNIE, GÉORGIE ET CIRCASSIE.
ou en amphithéâtres, ils entourent autant de bassins isolés. Desactions souterraines ont ensuite brisé les barrières de quelques unsd’entre eux qui se sont vidés, tels que ceux d’Akhallzikhé, de l’Ar-ménie centrale ou Araral, tandis que d’autres sont restés fermésjusqu’à nos jours. Le fond de ces derniers est encore occupé parde vastes nappes d’eau, restes de l’ancienne mer, qui forment leslacs plus ou moins salés de Van, d’Ourmiah , de Sévang, etc., élevésde 1300 à 1600 mètres au-dessus de l’Océan et couronnés de cônesvolcaniques qui ont autrefois épanché des laves dans leurs ondes, etqui se taisent aujourd’hui, non sans rappeler de temps en temps àl’habitant effrayé par de violents tremblements de terre sur quel solil s’est hasardé d’établir sa demeure.
Ces bassins volcaniques, vides ou remplis, donnent un aspectparticulier à celte portion méridionale du Caucase où le géologue,habitué aux chaînes allongées des Alpes, des Pyrénées , etc., nereconnaît plus aucune des formes orographiques avec lesquelles sonœil était familiarisé, et l’on ne peut trouver de comparaison pour cetassemblage étrange qu’avec les cirques volcaniques que l’on distingueà la surface de notre satellite.
Mais tous ces soulèvements ne sont encore que des effets isolés,partiels, plus ou moins indépendants les uns des autres; ce ne sontque les préludes du dernier effort, le plus remarquable de tous parsa généralité, celui qui a porté, le Caucase à la hauteur où nous levoyons aujourd’hui, et qui mit à sec les bras de mer dont il étaitentouré, c’est-à-dire, la Colchide, la Géorgie, le Daghestan , lesvastes steppes qui bordent la mer Noire et la mer d’Azof et quirecouvrent la Crimée . Non seulement il s’était formé une massevolcanique au sud du Caucase, mais encore des cheminées volca-niques se firent jour au milieu de la chaîne : tels sont l’Elbrouz , lePassemta, le Kasbeck et les Monts-Rouges (1).
On a vu que d’après les observations de M. 11. Abich les princi-
(l) Dubois pense que la tradition biblique du déluge, par rapportà l’Ararat, coïncide avec les faits géologiques, et qu’elle pourrait serapporter à la dernière révolution qui a mis à sec le bassin de l’Ar-ménie centrale, événement qui aurait été accompagné de quelqueéruption de l'Alaghèz ou du Naltapa {Bull., vol. VIII, p. 384, 1837).S’il en était ainsi, on voit qu’il faudrait supprimer tout à fait la causeà laquelle la Genèse attribue le déluge, ce à quoi nous ne faisonsd’ailleurs aucune opposition, n’ayant jamais pu trouver dans ce premierlivre de la Bible qu'une ingénieuse fiction et rien de scientifique.