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Tome premier.
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XV
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DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

xv

de la science; elles ne remontent, sans doute, qu’à l'époque où une viesociale moins agitée permit à la pensée de prendre une direction spé-culative.

Les peuples chasseurs, plus rapprochés que les autres de la vie sau-vage, étudièrent seulement l’instinct propre aux animaux de proie. Épierun animal avec une patience infatigable, lutter avec lui de ruse et d’agi-lité, telle fut leur occupation journalière. Celle vie turbulente s’opposaitau développement de la pensée.

Les peuples pasteurs, au contraire, déjà descendus dans lesplainesetsur le bord des eaux, groupés par tribus nombreuses, menant une exis-tence plus douce et plus régulière, furent portés par leur position mêmeà la contemplation et à l’observation. Ils durent choisir pour eux deslieux d’habitation salubres, et des pâturages abondants pour leurs trou-peaux ; veiller à la multiplication de ces derniers, les soigner dans leursmaladies; assistera toutes les phases de la vie animale, éloigner de leurstentes les animaux nuisibles; toutes ces occupations étaient autant d’ali-ments pour l’intelligence. Ainsi, par exemple, les bergers de la Chaldée,condamnés à l’oisiveté des gardiens de troupeaux, cherchèrent dans l’é-tude des astres une diversion à la monotonie de leur existence : aussicultivèrent-ils très anciennement l’astronomie.

Les peuples agriculteurs, en combinant l’exploitation du sol avec l’é-ducation des troupeaux, ajoutèrent de nouvelles observations sur lazoologie et la botanique à celles déjà faites par les peuples pasteurs. Lesvilles, bâties pour servir d’abri contre les incursions des tribus voisines,virent naître dans leur sein des hommes qui consacraient leur vie auxtravaux de l’intelligence ; et les sciences, dépouillées de leur grossièreet rude enveloppe, prirent Informe dogmatique. L’écriture, remplaçantla tradition, fixa les faits empiriquement acquis et assit la science surune base inébranlable ; mais la superstition, les mauvaises mœurs, lesinstitutions vicieuses, qui se reflètent nécessairement sur les connais-sances humaines, faussèrent bien des idées et engendrèrent bien descroyances erronées.

On conçoit que sur un tel canevas il dut être brodé beaucoup defables, que d’une telle source il dut découler beaucoup d’errçurs. Les an-ciens naturalistes, nés au milieu de peuples amis du merveilleux, ontrempli leurs ouvrages de rêves souvent aussi poétiques que leur mytho-logie. Tantôt ils disent qu’un petit poisson (le rémora), malgré sa fai-blesse, arrête méchamment la marche des navires, tandis que le rémora