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LIVRE I.
sage administration financière, une puissante organisation dela force publique, une politique prudente, mais nationale^D’autres, ou convaincus ou ardenls, ou aimant à se distin-guer de ceux avec lesquels ils combattaient, s’en prenaient àla forme même du gouvernement, et désiraient la république,sans toutefois oser le dire. Parmi ces derniers, les plus sin-cères consentaient à attendre que l’expérience de la monar-chie constitutionnelle fût faite complètement, et ils s’y prê-taient avec une parfaite loyauté. Les plus pressés, cherchantà se distinguer des républicains eux-mêmes, tendaientà la ré-‘ que avec plus d’impatience, et, pour se composer unlangage, parlaient sans cesse des intérêts du peuple, oubliés,méconnus, sacritiés. D’autres, cherchant à se faire remarquerà des signes plus éclatants encore,affectaient de mépriser toutesles discussions politiques, demandaient une révolution sociale,et, entre ces derniers même, il y en avait qui, plaçant le butplus loin, voulaient une révolution sociale complète, absolue.
La querelle s’est envenimée en se prolongeant, et enfin,lorsque la royauté, trop tard avertie, a voulu transmettre lepouvoir des uns aux autres, au milieu du trouble général, ellel’a laissé échapper de ses mains, il a été recueilli. Ceux quile possèdent aujourd’hui, éclairés par un commencementd’expérience, ne sont pas pressés de tenir des engagementsimprudents, que beaucoup d’entre eux d’ailleurs n’ont paspris. Mais ceux qui n'ont pas le pouvoir, et qu’aucune expé-rience n’a éclairés, persistent à demander une révolutionsociale. Une révolution sociale! Suffit-il de la vouloir pourl’accomplir? En eût-on la force, qu’on peut quelquefois ac-quérir en agitant un peuple souffrant, il faut en trouver lamatière. 11 faut avoir une société à réformer. Mais, si elle estréformée depuis longtemps, comment s’y prendre? Ah ! vousêtes jaloux de la gloire d’accomplir une révolution sociale;eh bien! il fallait naître soixante ans plus tôt, et entrer dansla carrière eu 1789. Sans tromper, sans pervertir le peuple,vous auriez eu alors de quoi exciter son enthousiasme, et,après l’avoir excité, de quoi le soutenir! Dans ce temps-làen effet tout le monde ne payait pas l’impôt. La noblesse n’ensupportait qu’une partie, le clergé aucune, excepté quand illui plaisait d’accorder des dons volontaires. Tout le monde nesubissait pas les mêmes peines quand il avait failli. Il y avait