Buch 
De la propriété / par M.A. Thiers
Entstehung
Seite
12
JPEG-Download
 

12

L1VKE I.

/

On na pas manqué, depuis quelque temps, dagiter tantquon a pu les masses populaires; a-t-on produit lélande 1789? Assurément non. Et pourquoi? Cest que ce quiest fait nest plus à faire, cest que, dans une nuit du 4 aoûton ne saurait quoi sacrifier. Y a-t-il, en effet, quelque partun four ou un moulin banal à supprimer? Y a-t-il du gibierquon ne puisse tuer quand il vient sur votre terre? Y a-t-ildes censeurs, autres du moins que la multitude irritée, ou ladictature qui la représente? Y a-t-il des Bastilles? Y a-t-ildes incapacités de religion ou de naissance? Y a-t-il quel-quun qui ne puisse parvenir à tous les emplois? Y a-t-ildautre inégalité que celle de lesprit, qui nest pas imputableà la loi, ou celle de la fortune, qui dérive du droit de pro-priété? Essayez maintenant, si vous pouvez, une nuit du 4 août,élevez un autel de la patrie, et dites-nous ce que vous y ap-porterez ? Des abus; oh ! certainement, il nen manque pas,il nen manquera dans aucun temps. Mais quelques abus surun autel de la patrie élevé en plein vent, cest trop peu !' il fauty apporter dautres offrandes. Cherchez donc, cherchez danscette société défaite, refaite tant de fois depuis quatre-vingt-neuf, et je vous défie de trouver autre chose à sacrifierque la propriété. Aussi ny a-t-on pas manqué, et cestlorigine déplorable des controverses actuelles sur ce sujet.

Tous les partisans dune révolution sociale ne veulent pas,il est vrai, sacrifier la propriété au même degré. Les uns laveulent abolir en entier, dautres en partie ; ceux-ci se con-tenteraient de rémunérer autrement le travail, ceux- vou-draient procéder par limpôt. Mais tous, qui plus, qui moins,sattaquent à la propriété pour tenir lespèce de gageure quilsont faite en promettant daccomplir une révolution sociale.Il faut donc combattre tous ces systèmes odieux, puérils, ri-dicules, mais désastreux, nés, comme une multitude din-sectes, de la décomposition de tous les gouvernements, etremplissant latmosphère nous vivons. Telle est loriginede cet état de choses, qui nous vaudra, même si la société estsauvée, ou le mépris ou la compassion de lâge suivant.Dieu veuille quil y ait place pour un peu destime en faveurde ceux qui auront résisté à ces erreurs, éternelle honte del'esprit humain !