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On n’a pas manqué, depuis quelque temps, d’agiter tantqu’on a pu les masses populaires; a-t-on produit l’élande 1789? Assurément non. Et pourquoi? C’est que ce quiest fait n’est plus à faire, c’est que, dans une nuit du 4 aoûton ne saurait quoi sacrifier. Y a-t-il, en effet, quelque partun four ou un moulin banal à supprimer? Y a-t-il du gibierqu’on ne puisse tuer quand il vient sur votre terre? Y a-t-il ’des censeurs, autres du moins que la multitude irritée, ou ladictature qui la représente? Y a-t-il des Bastilles? Y a-t-ildes incapacités de religion ou de naissance? Y a-t-il quel-qu’un qui ne puisse parvenir à tous les emplois? Y a-t-ild’autre inégalité que celle de l’esprit, qui n’est pas imputableà la loi, ou celle de la fortune, qui dérive du droit de pro-priété? Essayez maintenant, si vous pouvez, une nuit du 4 août,élevez un autel de la patrie, et dites-nous ce que vous y ap-porterez ? Des abus; oh ! certainement, il n’en manque pas,il n’en manquera dans aucun temps. Mais quelques abus surun autel de la patrie élevé en plein vent, c’est trop peu !' il fauty apporter d’autres offrandes. Cherchez donc, cherchez danscette société défaite, refaite tant de fois depuis quatre-vingt-neuf, et je vous défie de trouver autre chose à sacrifierque la propriété. Aussi n’y a-t-on pas manqué, et c’est làl’origine déplorable des controverses actuelles sur ce sujet.
Tous les partisans d’une révolution sociale ne veulent pas,il est vrai, sacrifier la propriété au même degré. Les uns laveulent abolir en entier, d’autres en partie ; ceux-ci se con-tenteraient de rémunérer autrement le travail, ceux-là vou-draient procéder par l’impôt. Mais tous, qui plus, qui moins,s’attaquent à la propriété pour tenir l’espèce de gageure qu’ilsont faite en promettant d’accomplir une révolution sociale.Il faut donc combattre tous ces systèmes odieux, puérils, ri-dicules, mais désastreux, nés, comme une multitude d’in-sectes, de la décomposition de tous les gouvernements, etremplissant l’atmosphère où nous vivons. Telle est l’originede cet état de choses, qui nous vaudra, même si la société estsauvée, ou le mépris ou la compassion de l’âge suivant.Dieu veuille qu’il y ait place pour un peu d’estime en faveurde ceux qui auront résisté à ces erreurs, éternelle honte del'esprit humain !