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De la propriété / par M.A. Thiers
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plus rudimentaires de toutes, les plus générales, les plus né-cessaires, peuvent bien être appelées droit naturel. Or lapropriété existe dès ce moment, car on na jamais vu que,dans cet état, lhomme neùt pas sa cabane ou sa tente, safemme, ses enfants, avec quelques accumulations des pro-duits de sa pèche, de sa chasse ou de ses troupeaux, en formede provisions de famille. Et si un voisin ayant des instinctsprécoces diniquité veut lui ravir quelques-uns des biensmodestes composant son avoir, il sadresse à ce chef plus fort,plus adroit, autour duquel il a pris lhabitude de se rangerpendant le combat, lui demande redressement, protection, etcelui-ci prononce en raison des notions de justice dévelop-pées dans la peuplade.

Chez tous les peuples, quelque grossiers quils soient, ontrouve donc la propriété, comme un fait dabord, et puiscomme une idée, idée plus ou moins claire suivant le degréde civilisation auquel ils sont parvenus, mais toujours inva-riablement arrêtée. Ainsi le sauvage chasseur a du moins lapropriété de son arc, de ses llèches, et du gibier quil a tué.Le nomade, qui est pasteur, a du moins la propriété de sestentes, de ses troupeaux. Il na pas encore admis celle de laterre, parce quil na pas encore jugé à propos dy appliquerses efforts. Mais lArabe, qui a élevé de nombreux troupeaux,entend bien en être le propriétaire, et vient en échanger lesproduits contre le blé quun autre Arabe , déjà fixé sur le sol,a fait naître ailleurs. Il mesure exactement la valeur de lob-jet quil donne contre la valeur de celui quon lui cède ; ilentend bien être le propriétaire de lun avant le marché,propriétaire du second après. La propriété immobilièrenexiste pas encore chez lui. Quelquefois seulemenlou le voit,pendant deux ou trois mois de lannée, se fixer sur des terresqui ne sont à personne, y donner un labour, y jeter du grain,le recueillir, puis sen aller en dautres lieux. Mais pendant letemps quil a employé à labourer, à ensemencer cette terre, àla moissonner, le nomade entend en être le propriétaire, et ilse précipiterait avec ses armes sur celui qui lui en disputeraitles fruits. Sa propriété dure en proportion de son travail. Peuà peu cependant le nomade se fixe et devient agriculteur, caril est dans le cœur de lhomme daimer à avoir son chez-lui,comme aux oiseaux davoir leurs nids, à certains quadrupè-