L1VKE I.
■18
plus rudimentaires de toutes, les plus générales, les plus né-cessaires, peuvent bien être appelées droit naturel. Or lapropriété existe dès ce moment, car on n’a jamais vu que,dans cet état, l’homme n’eùt pas sa cabane ou sa tente, safemme, ses enfants, avec quelques accumulations des pro-duits de sa pèche, de sa chasse ou de ses troupeaux, en formede provisions de famille. Et si un voisin ayant des instinctsprécoces d’iniquité veut lui ravir quelques-uns des biensmodestes composant son avoir, il s’adresse à ce chef plus fort,plus adroit, autour duquel il a pris l’habitude de se rangerpendant le combat, lui demande redressement, protection, etcelui-ci prononce en raison des notions de justice dévelop-pées dans la peuplade.
Chez tous les peuples, quelque grossiers qu’ils soient, ontrouve donc la propriété, comme un fait d’abord, et puiscomme une idée, idée plus ou moins claire suivant le degréde civilisation auquel ils sont parvenus, mais toujours inva-riablement arrêtée. Ainsi le sauvage chasseur a du moins lapropriété de son arc, de ses llèches, et du gibier qu’il a tué.Le nomade, qui est pasteur, a du moins la propriété de sestentes, de ses troupeaux. Il n’a pas encore admis celle de laterre, parce qu’il n’a pas encore jugé à propos d’y appliquerses efforts. Mais l’Arabe, qui a élevé de nombreux troupeaux,entend bien en être le propriétaire, et vient en échanger lesproduits contre le blé qu’un autre Arabe , déjà fixé sur le sol,a fait naître ailleurs. Il mesure exactement la valeur de l’ob-jet qu’il donne contre la valeur de celui qu’on lui cède ; ilentend bien être le propriétaire de l’un avant le marché,propriétaire du second après. La propriété immobilièren’existe pas encore chez lui. Quelquefois seulemenlou le voit,pendant deux ou trois mois de l’année, se fixer sur des terresqui ne sont à personne, y donner un labour, y jeter du grain,le recueillir, puis s’en aller en d’autres lieux. Mais pendant letemps qu’il a employé à labourer, à ensemencer cette terre, àla moissonner, le nomade entend en être le propriétaire, et ilse précipiterait avec ses armes sur celui qui lui en disputeraitles fruits. Sa propriété dure en proportion de son travail. Peuà peu cependant le nomade se fixe et devient agriculteur, caril est dans le cœur de l’homme d’aimer à avoir son chez-lui,comme aux oiseaux d’avoir leurs nids, à certains quadrupè-