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LIVRE I.
tage, mais vous serez du moins condamnée au silence! Ellepeut être bienfaisante. Oh ! sans doute, le riche, qui souventest un oisif, un dissipateur, vice qu’il expie bientôt par lamisère, qu’il expie cruellement, car le pauvre a du moins desbras, et lui n’en a pas, le pauvre n’a pas de honte, et lui enest dévoré, le riche aussi a quelquefois un cœur sec, indiffé-rent à l’infortune, et il ne demeure pas impuni ; car, outrequ’il est privé des plus douces jouissances qui existent sur laterre, il est poursuivi par la plus juste, parla pl us cruelle hainequ’on puisse inspirer aux hommes, la haine contre le richeavare et insensible. Mais il est bienfaisant quelquefois, et alorsil quitte ses palais pour aller visiter la chaumière du pauvre, jbravant la saleté hideuse, la maladie contagieuse, et quand il ja découvert cette jouissance nouvelle, il s’y passionne, il la jsavoure, et ne peut plus s’en détacher. Supposez toutes les jfortunes égales, supposez la suppression de toute richesse, etde toute misère, personne n’aurait moyen de donner, maispersonne, suivant vous, n’aurait besoin qu’on donnât, ce quiest faux. Eu supposant même que cela l'ftt vrai, vous auriez \supprimé la plus douce, la plus charmante, la plus gracieuse jdes vertus de l’humanité! Triste réformateur, vous auriez ]gâté l’œuvre de Dieu en la voulant reloucher, baissez-nous, ije vous en prie, laissez-nous le cœur humain, tel que Dieu Inous l’a fait. Sans doute si, pour avoir la satisfaction de voir jdes riches bienfaisants, nous avions créé des pauvres à plaisir, !vous auriez raison de dire qu’il vaut mieux qu’il n’y ait pas |de pauvres, dùt-il ne pas y avoir des riches capables de don-ner. Mais n’oubliez pas que ce riche n’a pas fait pauvres ceuxqui le sont, que s’il n’était pas devenu riche, c’est-à-dire sises pères n’avaient ajouté par leur travail à la richesse gêné- ,raie, les pauvres seraient plus pauvres encore, et que sonadorable bienfaisance, pour pouvoir se montrer généreuseenvers le malheur, n’a pas commencé par lui prendre afinde pouvoir lui donner. Dans cette marche incessante vers unétat meilleur, le travail qui a réussi vient au secours du tra- |vail qui n’a pas réussi, et la richesse, qui peut avoir tous les |vices, mais qui peut aussi avoir toutes les vertus, soutient la |pauvreté. Elles marchent appuyées l’une sur l’autre, se pro- Jcurant des jouissances réciproques, et formant un groupe jcent fois plus touchant à voir que votre pauvreté, seule à côté |