4oo Essai
de la noblesse à tous ses sujets. Dans sonfameux Bacchus, il ne fait point comme lespeintres de Flandres , qui nous montrentime figure tombante, et qui est, pour ainsidire , en l’air. Cela serait indigne de lamajesté d’un Dieu . Il le peint ferme sur sesjambes ; mais il lui donne si bien la gaietéde l’ivresse, et le plaisir à voir couler laliqueur qu’il verse dans sa coupe, qu’il n’ya rien de si admirable.
Dans la Passion, qui est dans la galeriede Florence , il a peint la Vierge debout,qui regarde son Fils crucifié, sans douleur,sans pitié , sans regret, sans larmes. Il lasuppose instruite de ce grand mystère, etpar là lui fait soutenir avec grandeur lespectacle de cette mort.
Il n’y a point d’ouvrage de Michel Ange où il n’ait mis quelque chose de noble. Ontrouve du grand dans ses ébauches même,comme dans les vers que Virgile n’a point finis.
Jules Romain, dans sa chambre des géansà Mantoue , où il a représenté Jupiter qui lesfoudroie, fait voir tous les Dieux effrayés :mais Junon est auprès de Jupiter ; elle luimontre d’un air assuré, un géant sur lequelil faut qu’il lance la foudre : par là il luidonne un air de grandeur que n’ont pas lesautres Dieux : plus ils sont près de Jupiter ,plus ils sont rassurés : et cela est bien natu-rel ; car, dans une bataille, la frayeur cesseauprès de celui qui a de l’avantage.
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