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les viandes qu’il appelle immondes ? D’oùvient qu’il nous défend de toucher un corpsmort j et que pour purifier notre ame, ilnous ordonne de nous laver sans cesse lecorps ? Il me semble que les choses ne sonten elles-mêmes ni pures ni impures : jene puis concevoir aucune qualité inhérenteau sujet, qui puisse les rendre telles. Laboue ne nous paroît sale que parce qu’elleblesse notre vue, ou queîqu’autre de nossens ; mais en elle-même elle ne l’est pasplus que l’or et les diamans. L’idée desouillure contractée par l’attouchement d’uncadavre ne nous est venue que d’une cet-,taine répugnance naturelle que nous enavons. Si les corps de ceux qui ne se laventpoint ne blessoient ni l’odorat ni la vue ,comment auroit - on pu s’imaginer qu’ilsfussent impurs?
Les sens, divin Mollak , doivent doncêtre les seuls juges de la pureté ou de l’im-pureté des choses ? Mais, comme les objetsn’affectent point les hommes de la mêmemanière ; que ce qui donne une sensationagréable aux uns , en produit une dégoû-tante chez les autres ; il suit que le témoi-gnage des sens ne peut servir ici de règle 3à moins qu’on ne dise que chacun peut à safantaisie décider de ce point, et distinguer,pour ce qui le concerne, les choses puresd’avec celles qui ne le sont pas.
Mais cela même, sacré Mollak, ne ren-
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