Persanes. 6i
perfide qui vous aura souillée par ses crimes,et plus encore par ses regrets et le désespoirde son impuissance.
Vous me direz peut-être que vous m’avezété toujours fidelle. Eh ! pouviez-vous nel’être pas ? Comment auriez-vous trompé lavigilance des eunuques noirs, qui sont sisurpris de la vie que vous menez ? Commentauriez-vous pu briser ces verroux et cesportes qui vous tiennent enfermée ? Vousvous vantez d’une vertu qui n’est pas libre,et peut-être que vos désirs impurs vous ontôté mille fois le mérite et le prix de cettefidélité que vous vantez tant.
Je veux que vous n’ayez point fait toutce que j’ai lieu de soupçonner ; que ce per-fide n’ait point porté sur vous ses mainssacrilèges ; que vous ayez refusé de pro-diguer à sa vue les délices de son maître ;que couverte de vos habits , vous ayezlaissé cette foible barrière entre lui et vous 5que frappé lui-même d’un saint respect,il ait baissé les yeux ; que , manquant àsa hardiesse, il ait tremblé sur les chàti-mens qu’il se prépare : quand tout celaseroit vrai, il ne l’est pas moins que vousavez fait une chose qui est contre votredevoir. Et, si vous l’avez violé' gratuite-ment , sans remplir vos inclinations déré-glées , qu’eussiez-vous fait pour les satis-faire P Que feriez-vous encore, si vous pou-viez sortir de ce lieu sacré, qui est pour