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touroient : on ajoute qu’il les a cherchéspendant plus de trente ans ; et que malgréles soins infatigables de certains dervisqui ont sa confiance, il n’en a pu trouverun seul. Ils vivent avec lui , ils sont à sacour, dans sa capitale, dans ses troupes,dans ses tribunaux ; et cependant on ditqu’il aura le chagrin de mourir sans lesavoir trouvés. On diroit qu’ils existent engénéral, et qu’ils ne sont plus rien enparticulier : c’est un corps, mais point demembres. Sans doute que le ciel veut punirce prince de n’avoir pas été assez modéréenvers les ennemis qu’il a vaincus , puis-qu’il lui en donne d’invisibles, et dont legénie et le destin sont au-dessus du sien.
Je continuerai à t’écrire , et je t’ap-prendrai des choses bien éloignées du ca-ractère et du génie persan. C’est bien lamême terre qui nous porte tous deux ; maisles hommes du pays où je vis , et ceuxdu pays où tu es, sont des hommes biendifférens.
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