Buch 
5 (1805) Lettres Persannes
Entstehung
Seite
76
JPEG-Download
 

yG Lettres

sion tranquille ; vous me dérobiez tout ceque vous pouviez de ces charmes et de cesgrâces5 et jétois enivré des plus grandes fa-veurs, sans en avoir obtenu les moindres.

Si vous aviez été élevée dans ces pays-ci,vous nauriez pas été si troublée. Les femmesy ont perdu toute retenue ; elles se présenttent devant les hommes à visage découvert,comme si elles vouloient demander leur dé-faite; elles les cherchent de leurs regards;elles les voient dans les mosquées -, les pro-menades , chez elles-mêmes ; lusage de selaire servir par des eunuques leur est inconnu.Au lieu de cette noble simplicité et de cetteaimable pudeur qui régnent parmi vous, onvoit une impudence brutale, à laquelle il estimpossible de saccoutumer.

Oui, Roxane , si vous étiez ici, vous voussentiriez outragée dans laffreuse ignominie votre sexe est descendu ; vous fuiriez cesabominables lieux, et vous soupireriez pourcette douce retraite, vous trouvez linno-cence, vous êtes sûre de vous-même,nul péril ne vous fait trembler, enfin vouspouvez maimer, sans craindre de perdrejamais lamour que vous me devez.

Quand vous relevez léclat de votre teintpar les plus belles couleurs ; quand vous vousparfumez tout le corps des essences les plusprécieuses ; quand vous vous parez de vosplus beaux habits; quand vous cherchez àvous distinguer de vos compagnes par les