Persanes. 8i
qu’on nomme le théâtre. Aux deux côtésou voit dans de petits réduits qu’on nommeloges, des hommes et des femmes qui jouentensemble des scènes muettes, à peu prèscomme celles qui sont en usage en notrePerse.
Ici, c’est une amante affligée, qui exprimesa langueur; une autre plus animée dévoredes yeux son amant qui la regarde de même :toutes les passions sont peintes sur les vi-sages , et exprimées avec une éloquencequi, pour être muette, n’en est que plusvive. Là, les actrices ne paroissent qu’àdemi-corps, et ont ordinairement un man-chon par modestie, pour cacher leurs bras.Il y a en bas une troupe de gens debout,qui se moquent de ceux qui sont en hautsur le théâtre ; et ces derniers rient à leurtour de ceux qui sont en bas.
Mais ceux qui prennent le plus de peine,sont quelques gens qu’on prend, pour ceteffet, dans un âge peu avancé, pour sou-tenir la fatigue. Ils sont obligés d’être par-tout ; ils passent par des endroits qu’euxseuls eonnoissent, montent avec une adressesurprenante d’étage en étage; ils sont enhaut, en bas, dans toutes les loges; ilsplongentpour ainsi dire ; on les perd,ils reparaissent ; souvent ils quittent le lieude la scene ,et vont jouer dans un autre. Onen voit même qui, par un prodige qu’onn’auroit osé espérer de leurs béquilles,
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