Lettres
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LETTRE XXXIII.
ÜSBEK A R I ï D I,
Le vin est si cher à Paris , par les impôtsque l’on y met, qu’il semble qu’on ait entre-pris d’y faire exécuter les préceptes du divinAlcoran , qui défend d’en boire.
Lorsque je pense aux funestes effets decette liqueur, je ne puis m’empêcher dela regarder comme le présent le plus redou-table que la nature ait fait aux hommes.Si quelque chose a flétri la vie et la ré-putation de nos monarqües, ç’a été leurintempérance : c’est la source la plus em-poisonnée de leurs injustices et de leurscruautés.
Je le dirai à la honte des hommes :la loi interdit à nos princes l’usage du vin,et ils en boivent avec un excès qui les dé-grade de l’humanité même ; cet usage, aucontraire , est permis aux princes chré-tiens, et on ne remarque pas qu’il leurfasse faire aucune faute. L’esprit humainest la contradiction même. Dans une dé-bauche licentieuse, on se révolte avec fu-reur contre les préceptes -, et la loi faite