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qu’à lui d’être en même temps comblé deplus de richesses qu’un prince n’en sauroitespérer, et accablé d’une pauvreté qu’un par-ticulier ne pourrait soutenir.
Il aime à gratifier ceux qui le servent ;mais il paye aussi libéralement les assiduités,ou plutôt l’oisiveté de ses courtisans, queles campagnes laborieuses de ses capitaines :souvent il préfère un homme qui le désha-bille, ou qui lui donne la serviette lorsqu’ilse met à table , à un autre qui lui prend desvilles ou lui gagne des batailles. 11 ne croitpas que la grandeur souveraine doive êtregênée dans la distribution des grâces ; et sansexaminer si celui qu’il comble de biens esthomme de mérite, il croit que son choix vale rendre tel : aussi l’a-t-on vu donner unepetite pension à un homme qui avoit fui deuxlieues, et un beau gouvernement à un autrequi en avoit fui quatre.
11 est magnifique, sur-tout dans ses bâti-mens : il y a plus de statues dans les jardinsde son palais, que de citoyens dans une grandeville. Sa garde est aussi forte que celle duprince devant qui tous les trônes se renver-sent ; ses armées sont aussi nombreuses, sesressources aussi grandes, et ses financesaussi inépuisables.
De Parts ,le 7 delà livra'Sde Maharram, 1713.
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