Buch 
5 (1805) Lettres Persannes
Entstehung
Seite
161
JPEG-Download
 
  

Persanes. 161

tout le monde est dune tristesse insuppor-table. Un moment après la conversationtourna du côté de la politique. Morbleu , ditun vieux seigneur , létat nest plus gou-verné : trouvez-moi à présent un ministrecomme monsieur Colbert : je le connoissoisbeaucoup ce monsieur Colbert ; il étoit demes amis ; il me faisoit toujours payer [demes pensions avant qui que ce fût. Le belordre quil y avoit dans les finances ! toutle monde étoit à son aise 5 mais aujourdhuije suis ruiné. Monsieur, dit pour lors unecclésiastique, vous parlez du temps leplus miraculeux de notre invincible monar-que : y a-t-il rien de si grand que ce quilfaisoit alors pour détruire lhérésie ? Etcomptez - vous pour rien labolition desduels, dit dun air content un autre homme,qui navoit point encore parlé ? La remarqueest judicieuse , nie dit quelquun à loreilîe :cet homme est charmé de lédit 3 et illobserve si bien, quil y a six mois quilreçut cent coups de bâton pour ne le pasvioler.

ïl me semble , Usbek , que nous ne ju>-geons jamais des choses que par un retoursecret que nous faisons sur nous-mêmes. Jene suis pas surpris que les Nègres peignentle diable dune blancheur éblouissante , etleurs dieux noirs comme du charbon ; quela Vénus de certains peuples ait des ma-melles qui lui pendent jusques aux cuisses5