Persanes. 171
aoître : mon esprit perd insensiblement toutce qui lai reste d’asiatique, et se plie sanseffort aux mœurs européennes. Je ne suis-plus si étonné de voir dans une maison cinqou six femmes avec cinq ou six hommes ,et je trouve que cela n’est pas mal imaginé.
Je le puis dire : je ne connois les femmesque depuis que'je suis ici : j’en ai plus apprisdans un mois, que je n’anrois fait en trenteans dans un sérail.
Chez nous, les caractères sont tous uni-formes , parce qu’ils sont forcés : on ne voitpoint les gens tels qu’ils sont , mais telsqu’on les .oblige d’être: dans cette servitudedu cœur et de l’esprt , on n’entend parlerque Sa crainte , qui n’a qu’un langage ; etnon pas la nature , qui s’exprime si diffé-remment et qui par oit sous tant de formes.
La dissimulation , cet art parmi nous sipratiqué et si nécessaire, est ici inconnue:tout parle, tout se voit, tout s’entend: lecœur se montre comme le visage : dans lesmœurs, dans la vertu, dans le vice même,on apperçoit toujours quelque chose de naïf.
Il faut , pour plaire aux femmes , uncertain talent différent de celui qui leurplaît encore davantage : il consiste dans uneespèce de badinage dans l’esprit , qui lesamuse, en ce qu’d semble leur promettre àchaque instant ce qu’on ne peut tenir quedans de trop longs intervalles.
Ce badinage naturellement fait pour les
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