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c’est d’avoir de l’esprit; et la fureur de ceuxqui veulent avoir de l’esprit, c’est de fairedes livres.
Cependant il n’y a rien de si mal ima-giné : la nature sembloit avoir sagementpourvu à ce que les sottises des hommesfussent passagères et les livres les immor-talisent. Un sot devrait être content d’avoirennuyé tous ceux qui ont vécu avec lui,il veut encore tourmenter les races futures ,il veut que sa sottise triomphe de l’oubli ,dont il auroit pu jouir comme du tombeau ;il veut que la postérité soit informée qu’il avécu., et qu’elle sache à jamais qu’il a été unsot.
De tous les auteurs, il n’y en a pointque je méprise plus que les compilateurs ,qui vont de tous côtés chercher des lam-beaux des ouvrages des autres , qu’ils pla-quent dans les leurs , comme des piècesde gazon dans un parterre : ils ne sontpoint au-dessus de ces ouvriers d’imprime-rie qui rangent des caractères, qui , com-binés ensemble , font un livre où ils n’ontfourni que la main. Je voudrais qu’onrespectât les livres originaux ; et il mesemble que c’est une espèce de profana-tion , de tirer les pièces qui les composentdu sanctuaire où elles sont, pour les expo-ser à un mépris qu’elles ne méritentpoint.
Quand un homme n’a rien à dire de
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