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mourront si vous nous séparez. Je me donneà vous, payez-moi ; peut- être que cet ar- !gent et mes services pourront quelque jourobtenir de vous ce que je n’ose vous de-mander. Il est de votre intérêt de ne nouspoint séparer : comptez que je dispose desa vie. L’Arménien étoit un homme doux,qui fut touché de nos malheurs. Servez- |moi l’un et l’autre avec fidélité et aveczèle, et je vous promets que dans un anje vous donnerai votre liberté. Je vois quevous ne méritez ni l’un ni l’autre les mal-heurs de votre condition. Si, lorsque vous |serez libres, vous êtes aussi heureux que 'vous le méritez ; si la fortune vous rit,je suis certain que vous me satisferez de ;la perte que je souffrirai. Nous embras-sâmes tous deux ses genoux, et le sui- !vîmes dans son voyage. Nous nous soula- 'gions l’un et l’autre «dans les travaux de jla servitude , et j’étois charmé lorsque !j’avois pu faire l’ouvrage qui étoit tombéà mai sœur.
La fin de l’année arriva ; notre maîtretint sa parole , et nous délivra. Nous re- ;tournâmes à Tefflis : là , je trouvai un an- jcien ami de mon père qui exercoit avecsuccès la médecine dans cette ville ; il me ;prêta quelqu’argent, ayec lequel je fis quel- ;que négoce. Quelques affaires m’appelèrentensuite à Smyrne où je m’établis. J’y visdepuis six ans , et j’y jouis de la plus al *