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borner la science de Dieu . Comme il faitagir les créatures à sa fantaisie , il con-noît tout ce qu’il veut connoître. Mais quoi-qu’il puisse voir tout, il ne se sert pastoujours de cette faculté ; il laisse ordi-nairement à la créature la faculté d’agirou de ne pas agir, pour lui laisser cellede mériter ou de démériter : c’est pourlors qu’il renonce au droit qu’il a d’agir■sur elle et de la déterminer. Mais quandil veut savoir quelque chose, il le saittoujours 5 parce qu’il n’a qu’à vouloirqu’elle arrive comme il la voit, et déter-miner les créatures conformément à sa vo-lonté. C’est ainsi qu’il tire ce qui doit arri-ver du nombre des choses purement pos-sibles , en fixant par ses décrets les déter-minations futures des esprits , et les pri-vant de la puissance qu’il leur a donnéed’agir ou de ne pas agir.
Si l’on peut se servir d’une comparai-son , dans une chose qui est au-dessus descomparaisons : un monarque ignore ce queson ambassadeur fera dans une affaire im-portante : s’il le veut savoir , il n’a qu’àlui ordonner de se comporter d’une tellemanière ; et il pourra assurer que la chosearrivera comme il la projette.
L’alcoran et le livre des Juifs s’élèventsans cesse contre le dogme de la prescienceabsolue : Dieu y paraît par-tout ignorerla détermination future des esprits ; et il