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Lettres
LETTRE L X X V I.
U SB EK A SON AMI I B B E N,A Smyrne .
Les loix sont furieuses en Europe contreceux qui se tuent eux-mêmes. Ou les faitmourir pour ainsi dire une seconde fois ;ils sont traînés indignement par les rues;on les note d’infamie 3 on confisque leursbiens.
Il me paroît, Ibben , que ces loix sontbien injustes. Quand je suis accablé dedouleurs, de misère , de mépris, pourquoiveut-on m’empêcher de mettre fin à mespeines, et me priver cruellement d’un re-mède qui. est en mes mains ?
Pourquoi veut-on que je travaille pourune société dont je consens de n’êtrepius?que je tienne, malgré moi, une conven-tion qui s’est faite sans moi ? La société estfondée sur un avantage mutuel : mais,lorsqu’elle me devient onéreuse, qui m’em-pêche d’y renoncer ? La vie m’a été don-née comme une faveur : je puis donc larendre lorsqu’elle ne l’est plus : 'la causecesse, l’effet doit donc cesser aussi.
Le prince veut-il que je sois son sujet,