xvj Éloge
Après avoir parcouru l’Italie , M. de Mon-tesquieu vint en Suisse . Il examina soigneu-sement les vastes pays arrosés par le Rhin 5et il ne lui resta plus rien à voir en Allema gne , car Frédéric ne régnoit pas encore. Ils’arrêta ensuite quelque temps dans lesProvinces-Unies , monument admirable dece que peut l’industrie humaine, animée parl’amour de la liberté. Enfin , il se rendit enAngleterre, où il demeura deux ans. Dignede voir et d’entretenir les plus grands hom-mes , il n’eut à regretter que de n’avoir pasfait plutôt ce voyage. Locke et Newtonétaient morts 5 mais il eut souvent l’honneurde faire sa cour à leur protectrice , la célè-bre reine d’Angleterre , qui cultivoit la phi-losophie sur le trône, et qui goûta, commeelle le devoit, M. de Montesquieu. Il ne futpas moins accueilli par la nation, qui n’a-voit pas besoin sur cela de prendre le tonde ses maîtres. Il forma à Londres des liai-sons intimes avec des hommes exercés àméditer, et à se préparer aux grandes chosespar des études profondes. Il s’instruisit aveceux de la nature du gouvernement, et par-vint à le bien connoître. Nous parlons icid’après les témoignages publics que lui enont rendu les Anglois eux-mêmes, si jalouxde nos avantages , et si peu disposés à re~connoître en nous aucune supériorité.
Comme il n’avoit rien examiné , ni avecla prévention d’un enthousiaste , ni avec