84 LES ANCIENNES BIBLIOTHÈQUES DE PARIS .
église; la nouvelle n’était pas encore terminée quand éclata la Révolution. Voyonsquel était à ce moment l’état de la bibliothèque.
Elle renfermait 58,107 volumes imprimés, 2,01 3 manuscrits0), et était ouverteau public les lundis, mercredis et vendredis, de deux à cinq heures, excepté lesjours de fête et le temps des vacances, qui duraient du i 5 août au 11 novembre.
Pingré était toujours bibliothécaire et Viallon sous-bibliothécaire; mais le grandfige du premier lui avait fait adjoindre, en 1786, le botaniste Etienne-PierreVentenat.
Le cabinet de curiosités était également public, mais les lundis et mercredisseulement®. Voici, d’après l’Histoire manuscrite de l’abbaye, un résumé des prin-cipales pièces qu’il renfermait :
Ceux qui ont travaillé à former la bibliothèque de Sainte Geneviève ont veu qu’ils leroient unechose qui ne conlribuëroit peu à son ornement et à son utilité, s’ils l’accompagnoient d’un ca-binet de pièces rares et curieuses qui regardent l’estude et peuvent servir aux belles lettres età l’histoire. C’est ce qu’ils ont considéré dans le choix des curiositez qu’ils y ont amassez, et ontlasché de n’en point acquérir qui ne fussent utiles aux sciences, comme aux mathématiques, àl’astronomie et à l’optique, et à l’histoire, soit ancienne, soit moderne, soit naturelle. C’est àquoy on s’est précisément attaché.
Le lieu du cabinet est contigu à la bibliothèque. Il est long d’environ quatre toises et large dedeux. On y voit en face une espece d’alcove d’architecture, entre les deux fenestres qui l’es-clairent, dans laquelle il y a plusieurs sortes d’armes des pays etrangers, comme des Turcs,Perses , Indiens et Américains; au-dessus sont trois gradins garnis d’urnes, de lampes, de vaseset de ligures antiques. Cette alcôve est accompagnée de deux buffetz garnis de tablettes sur les-quelles sont des pétrifications, des oyseaux des Indes , des ornemens, des chaussures des Amé-ricains, etc. Ils portent aussy deux gradins sur lesquels sont des figures et des vases de laChine , avec des branches de corail de toutes les couleurs et diverses croissances de mer. Lestrois autres costez sont ornez de douze cabinets de bois de noyer posez sur leurs pieds à co-lonnes torses, sçavoir, de quatre grands accompagnez chacun de deux petits. Dans le premier,sont les suittes de médaillés du grand et du moyen bronze, parmy lesquelles il y en a d’assezrares et curieuses. La suitte du grand, qui est distingué par classes, est d’environ trois censmédaillés, et celle du moyen, qui est rangée par l’ordre des empereurs, en comprend bien sixcens. Le second grand cabinet a aussy deux suittes de médaillés antiques, l’une de petit bronze,tant du haut que du bas empire, qui a plus de six cens médaillés, et l’autre d’argent, qui a enteste cent cinquante deitez tant en argent qu’en cuivre. Elle comprend ensuitle le haut et le basempire en six cens médaillés, ce qui fait en tout environ deux mil deux cens médaillés antiques.Le troisième des grands cabinetz a les mesures, les poids et les monnoyes antiques des Romains,
(l> On en trouve le détail par matières et parformats dans un Etat de la bibliothèque Sainte-Gene-eiève qui fut fourni à l’Assemblée nationale en 1790;il est certifié par le P. Rousselet, alors abbé deSainte-Geneviève, et par les bibliothécaires Pingré,Viallon et Ventenat . (Archives de l’Empire, sérieS,carton n° i 54 o.) Cependant, lors du recensement
qui fut fait dans les dépôts littéraires, ce chiffre setrouva porté à 61.122 volumes, tant imprimés quemanuscrits. (Voyez aux Archives de l’Empire : Re-censement détaillé des livres des bibliothèques du dé-partement de Paris , série M, carton 797.)
m Thiéry, Guide des amateurs et des étrangersvoyageurs à Paris , t. Il, p. 289.