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Tome deuxième.
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LES ANCIENNES BIBLIOTHÈQUES DE PABIS.

La vieille maison nouvellement achetée fut démolie, et on allait commencerà en édifier une autre sur son emplacement, quand une circonstance grave vintinterrompre les travaux.

Louis XI , qui, toujours tremblant pour sa vie, s’intéressait fort à la médecine,désira avoir dans sa bibliothèque les œuvres de Rhasès. On ne connaissait alors àParis d’autre manuscrit complet de cet ouvrage que celui qui était conservé à labibliothèque de l’école. Jean de la Driesche, président de la chambre des compteset trésorier de France , alla donc, au nom du roi, trouver le doyen Jean Loiseau(,Johannes Avis), et le pria de confier à Sa Majesté les deux petits volumes formantle Totum Continens Rhasis; Louis XI s’engageait à ne les conserver que pendant letemps strictement nécessaire pour « en tirer copie, n Cette demande émut beau-coup la Faculté. Comme on l’a vu, elle prêtait volontiers ses livres aux profes-seurs et aux écoliers; mais elle comprenait qu’un volume, une fois entre les mainsdu roi, serait bien difficile à recouvrer. Les docteurs tinrent de nombreuses réu-nions, et finirent par décider qu’ils ne se dessaisiraient de leur cher Rhasès quesous bonne caution, savoir : douze marcs de vaisselle d’argent et un billet de centécus d’or qu’un riche bourgeois, nommé Malingre, consentait à souscrire pour leroi. Dès que ces gages eurent été fournis, le volume fut remis au président de laDriesche avec la lettre suivante :

Nostre souverain seigneur, tant et si treshumblement que plus povons, nous nous recom-mandons a vostre bonne grâce. Et vous plaise scavoir, nostre souverain seigneur, que le presidentdes comptes maistre Jehan de la Driesche nous a dit que luy avez rescript quil vous envoyastTotum Continens Rasis pour le faire escrire; et pour ce quil nen a point, sachant que nous enavons ung, nous a requis que luy voulsissons baillier.

Sire, combien que tous jours avons gardé tresprecieusement ledit livre, car cest le plus , beauet le plus singulier joyau de nostre faculté, et netreuve len guerez de tel : neantmoins nous quide tout nostre cueur desirons vous complaire et acomplir ce quil vous est agréable, comme tenuzsommes, avons délivré audit president ledit livre pour le faire escrire; moyennant certain gaigede vaisselle dargent et autre caution quil nous a baillee en seureté de le nous rendre, ainsv queselon les estatuz de nostre dite faculté faire se doit, les quelz avons tous jurez aux sainctes euvan-giles de Dieu garder et observer, ne autrement ne les povons avoir pour noz propres affaires.

Sire, a lonneur et louenge de vous, et a lacroissement de laditte faculté de medicine, nousavons grant désir faire unes escolles et une tresbelle librairie, pour exaulser et eslever lascience de medicine en ceste vostre ville de Paris plus que onques mais, comme par ledit pre-sident, auquel avons communiqué ceste matière, se votre plaisir est, serez aclverti plus au long.A quoy et pour les accomplir, avons besoing et mestier de votre tresbenigne grâce; si voussuplions, sire, que icelle vous plaise nous impartir. Eta tous jours nous continuerons prier Dieu pour vous et la Vierge Marie , afin quelle vous doint santé, bonne vie et longue, avec vray accom-

peut consulter encore sur ses libéralités : T.-B.Bertrand, Annales medici ms. p. a8; Synopsisms. rerum memorabilium , p. 5o; Hazon, Élogehistorique de la Faculté de médecine de Paris,

p. 65; Hazon, Notice des hommes les plus célèbresde la Faculté de médecine de Paris, p. 16, etL. Jacob, Traicté des plus belles bibliothèques,p. 5 9 3.