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BIBLIOTHÈQUE DU ROI.
seiin, qui mourut presque centenaire en i6oû. Les dernières années de ce vieuxserviteur, successivement bibliothécaire sous quatre rois, furent abreuvées d’amer-tumes. Il avait fui Paris à l’époque de la Ligue, et, pendant son absence, cc aucunscr de ceux qui estaient en ceste ville vinrent en son logis, auprès de Saincta Nicolas des Champs, où il avoit laissé sa femme, et ravirent tout son bien,et tellement qu’il ne luy demeura rien.n II réclama auprès de Henri IV . Celui-cifinit par écouter ses doléances, et ordonna au trésorier de l’épargne de lui payerseize cent soixante-six écus deux tiers que Gosselin eut encore bien de la peine àobtenir, si toutefois il les obtint®. Sa mort fut, selon toute apparence, le résultatd’un accident; il mourut cctout bruslé, dit Scaliger , estant tombé dans son feu,rcet à cause de son âge, estant seul, ne s’est pu relever®, n On soupçonna d’abordson domestique, mais il fut relâché faute de preuves; voici, au reste, le récit très-complet que Lestoile donne de cet événement : cc Gosselin, gardien de la librairiecr du Roy, âgé de près de cent ans, homme de bien et grand mathématicien, fustcr en ce temps trouvé mort dans une chaise près de son feu, tout havi et bruslé etcr déjà vert, ayant esté laissé seul par son homme, qui gagna tout aussitost le hautCC et s’enfuist, ayant veu ce prodigieux accident, et craignant qu’on ne luy voulustcc imputer. De fait, son corps, porté au Chastelet, fust visité des chirurgiens, quicelui trouvèrent un coup à la teste, mais ne voûtaient asseurer que ledit coup fustcc de cheute ou d’effort qu’on lui eust fait. Ce qui rendist le valet plus soubçonné,cc estait qu’il sembloit malaisé qu’un homme de son âge tombé dans le feu seccpeust, tout bruslé qu’il estait, relever et asseoir dans une chaise, comme ilcc avoit fait. A quoi on respondoit que le serviteur, qui avoit toujours esté tenuccpour fidele et esprouvé tel de son maistre, avant que s’en aller ta voulust, toutcc mort possible, l’asseoir dans sa chaise, pour lui rendre ce dernier service. Maiscela descharge principale du valet fust qu’on ne trouva faute aucune, ni à soncc argent, ni à autre chose quelconque qui lui appartinst®. *
Après l’assassinat de Henri IV , Gasaubon, qui était protestant, ne se crut pasen sûreté à Paris ; il gagna l’Angleterre, où il conserva, jusqu’à sa mort, arrivéeen 161 h , ses pensions, ses appointements de trois mille livres®, et son titre de
(1) Ensuit la copie du mandement par lequel leRoy mande très expressément à maistre BalthazarGobelin, thresorier de l’Espargne, qu’il paye a JeanGosselin, garde de la librairie Royale, les gages quilui sont deuz et les deniers qu’il a desboursez pourl’entrelencment de la dicte librairie. Pièce publiée parM. Édouard Fournier , Variétés historiques et litté-raires, l. I, p. 7.
(2) Ensuit une remonstrance louchant la garde dela librairie du Roy, addressée a toutes personnes quiayment les lettres, par Jean Gosselin, garde d’icellelibrairie.
(3) Scaligerana, p. 178.
(4) Lestoile, Journal du règne de HenriIV, 20 no-vembre 1G0 h.
(5) Michel de Marolles dit creinq à six milleet livres :«
Gasaubon et Rigaud eurent le soin des livresSous les deux derniers rois, qui les traitèrent bien ,Ordonnant à tous deux un honnête entretien ,
À chacun tous les ans cinq à six mille livres.
{Pans ou description succincte et néantmoins assetample de celte grande ville, p. ia.)
Marolles exagère certainement, et il 11’a pas ici