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On avait mieux compris à l’étranger l’utilité et l’importance de la riche collec-tion réunie par Naudé. Dès le mois d’avril 16 5 1 ,
Qui, comme chacun sçait, possèdeUn esprit haut et généreux,
Des belles-lettres amoureux 9),
voulait l’enlever à la France. Par son ordre, Isaac Vossius écrivait de Stockholm à N. Heinsius, alors en Italie, de se diriger vers Paris a afin d acquérir en entier«■la splendide bibliothèque du cardinal Mazarin, n qu’elle espérait avoir à de« bonnes conditions -n Christine était très-exactement avertie de ce qui se pas-sait à Paris au sujet de cette vente, et elle suivait avec le plus vif intérêt la marched’abord irrésolue du Parlementé cet égard. Le 16 juin i65i, Vossius écrit qu’ilfaut renoncer à toute espérance, les personnes qui pressaient la vente ayant changéd’intention®. Le 5 août, il reprend courage, et déclare qu’on pourra peut-êtreobtenir les manuscrits®.
Christine, en cette circonstance, était-elle, comme le trésorier Violette, leprête-nom du Cardinal, et ne voulait-elle que soustraire cette riche bibliothèqueaux dangers de la dispersion? C’est l’avis de M. Petit-Radel ®, mais nous ne sau-rions le partager. Entre bibliophiles, des services de ce genre ne se rendent guère.Or Christine, amie des savants et des livres, cherchait les uns et les autres danstoute l’Europe pour les réunir autour d’elle®; dès qu’elle le put, elle enlevaNaudé à Mazarin , et lui donna la direction de sa bibliothèque. Rendons pourtantpleine justice à cette princesse : elle voulait bien acquérir en entier la collectiondu cardinal, mais elle refusa d’accepter des objets d’art et des manuscrits anciensque Ridai, son et commissionnaire, d avait achetés pour elle à vil prix pendant lesventes faites au palais Mazarin. Les manuscrits seuls avaient été expédiés en Suède ;Christine les renvoya, cédant aux instances de l’ambassadeur Chanut, qui, le8 octobre 1 65Zi, écrivait à Mazarin : te La reine me dit qu’elle se tenoit fort obligée«de la manière dont elle sçait que V. E. traitte sa personne en toutes occasions,
(1) Loret, Muze historique, numéro du 10 marsi652.
(2) ttMavult autem nunc Domina,quod et ipsum
rrte malle existimo, ut per Galliam iter instituas.ttCausahæc est, quod universam Cardinalis Maza-m’ini librariam supellectilem comparare sibi in ani-rrmo habeat. Prostat ilia venalis, nisi fallant nosrrlitteræ Parisie.nses. Quod si verum sit, nullum estfrdubium quin æquo admodum pretio, tam vasta
npoterit emi bibliotbeca. » (Burmann, Sylloges epi-stolarum a viris illuslribus scriptarum, epist. xi,, t. RI,
P- 1 2 * * 5 97-)
O) trNunc mutarunt consilium qui auctionemtrmaxime urgebant, nil igitur sperandum.» (Bur-mann, Sylloges epistolarum a viris illuslribus scrip-tarum, epist. XL1V, t. III, p. 6O2.)
<*) rtDe Cardinalis bibliolheca non debes onininorrdesperare. Forsan solospossis comparare manus-creriptos. » (Burmann, Sylloges epistolarum a viris il-lustribus scriptarum, epist. lv, t. III, p. 621.)
(6) Recherches sur les bibliothèques anciennes et mo-dernes, p. 281.
(G) D. Huet, Commentarius de rebus ad eum perti-nentibus, lib. Il, p. 106, et passim.