LIVRE X.
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ternelles. Son esprit, vif, impressionnable et changeant, s’attachaittour à tour aux idées les plus contraires. Mais tout n était pas entraî-nement chez ce prince remarquable : il y avait, dans son intelligenceétendue et prompte à varier, des profondeurs qui échappaient auxmeilleurs observateurs. Il était honnête, et en même temps dissimulé,capable d'artifice, et déjà on avait pu apercevoir quelque chose de cesqualités et de ces défauts, dans les tragiques événements qui avaientprécédé son arrivée au trône. Gardons-nous cependant de calomnierce prince illustre : il s'était fait complètement illusion sur les projetsdu comte Palilen ; il avait cru, avec l'inexpérience de son âge, quel’abdication de son père était le seul but, et serait le seul résultat dela conjuration dont on lui avait fait la confidence; il avait cru, en s’yprêtant, sauver l’empire, sa mère, ses frères, lui-même, d'étrangesviolences. Éclairé aujourd'hui par l'événement, il détestait son erreuret ceux qui la lui avaient fait commettre. Ce jeune empereur enfin,noble d’aspect, gracieux de manières, spirituel, enthousiaste, mobile,artificieux, difficile à saisir, était doué d’un charme personnel infini,et destiné à exercer sur scs contemporains la plus grande séduction. Ilétait même appelé à exercer celte séduction sur 1 homme extraordi-naire, si difficile à tromper, qui dominait alors la Fiance , et aveclequel il devait avoir, un jour, de si grands et de si terribles dé-mêlés.
L’éducation donnée à ce jeune prince avait été fort étraftge. Élevépar le colonel Laharpe , qui lui avait inspiré les sentiments et les idéesd’un républicain suisse , Alexandre avait subi avec sa facilité ordinaire1 influence de son précepteur, et s’en ressentait visiblement en mon-tant sur le trône. Pendant qu’il était prince impérial, toujours soumisà un joug assez dur, tantôt celui de Catherine, tantôt celui de Paul,il avait noué des liaisons avec quelques jeunes gens de son âge, telsque M. Paul StrogonofF, M. de Nowosiltzoff, et surtout le prince AdamCzartorisky. Ce dernier, issu de l’une des plus grandes familles dePologne , et fort attaché à sa patrie, était à Pétersbourg une espèced’otage ; il servait dans le régiment des gardes, et vivait à la cour avecles jeunes grands-ducs. Alexandre, attiré vers lui par une sorted’analogie de sentiments et d'idées, lui communiquait les rêves de sajeunesse. Tous deux déploraient en secret les malheurs de la Pologne ,ce qui était bien naturel chez un descendant des Czartorisky, maisassez étonnant chez le petit-fils de Catherine ; et Alexandre faisait ser-